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L'histoire : A bord du "foudroyant", un navire français de 74 canons et de 775 hommes d'équipages...
La fille sous la dunette, révoltée, farouche... entêtée parfois. Isa a bien besoin de toute cette énergie pour porter un secret un peu trop lourd pour elle. Parce qu'il acceptera de partager ce secret, le jeune Hoel, matelot de haute paye, vivra le temps d'une rencontre, une aventure qui boulversera sa vie et son destin...
Les incidents, parfois mortels, se multiplieront et l'eau si puante, même coupée au vinaigre, laissera dans la bouche un goût épouvantable...

La critique de Mr K : Voilà une série qui me faisait de l'œil quasiment à chaque chinage. Malheureusement pour moi jusqu'ici, je ne trouvais qu'un tome par ci et un tome par là... Je reportai mon achat à chaque fois... Bien m'en a pris ! Lors d'une vente spéciale de BD chez l'abbé, je trouvai l'intégrale à un prix imbattable ! Dans ces cas là, le désir l'emporte sur la raison et j'adoptai d'un coup les cinq volumes de la série !

"Les Passagers du vents" est ce que l'on pourrait qualifier de BD romanesque historique. Il règne sur ces planches un souffle bien particulier, des bourrasques plutôt, qui emportent littéralement le lecteur quasiment conquis dès les premières pages par des personnages charismatiques aux destins contrariés et une réalité historique remarquable de fidélité et de magnétisme. Il ne m'a donc pas fallu beaucoup de temps pour accompagner Isabeau dans son périple rude et dépaysant.

houel et isabeau

L'héroïne d'extraction noble a un secret qui expliquerait sa présence sur un navire en partance pour les tropiques. Isa (alias Isabeau) est assez étonnante tant son attitude et son comportement détonnent par rapport à l'image que l'on se fait de la femme de l'époque. Indépendante, tempétueuse, elle rivalise avec les garçons. Elle va justement faire la rencontre de l'un d'entre eux en la personne de Hoël, simple matelot de bord. Cette relation naissante ne va pas se faire sans mal et les obstacles se feront nombreux. Qu'en sera-t-il à la fin du voyage ? Autour d'eux gravitent toute une série de personnages plus ou moins recommandables qui vont forger leur destin et emmener les lecteurs, loin... très loin. Je reste volontairement flou sur les ficelles de l'intrigue principale pour vous laisser la découverte, sachez simplement que les rebondissements sont nombreux durant les cinq tomes et que Bourgeon n'hésite pas à tailler dans le vif pour mieux émouvoir ses lecteurs.

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Ce qu'il y a de proprement magique dans cette série, c'est la rencontre parfaitement réussie entre la petite et la grande histoire. Déjà qu'on est chaviré par la psychologie des personnages et toutes les péripéties qu'ils doivent affronter mais Bourgeon a un talent et un goût sûr en ce qui concerne la contextualisation du récit. Le XVIIIème siècle finissant est criant de réalisme et il nous immerge sans complexe et avec une réussite éclatante dans le domaine de la navigation au long cours de l'époque. Les dessins sont remplis de détails qui donnent à l'ensemble une cohérence et une force peu commune. Ainsi la vie de l'équipage (matelots de bases et gradés) est examinée à la loupe au détour de l'histoire principale, on assiste à une bataille navale dantesque, on croupit avec des prisonniers dans un ponton abandonné, on visite les camps négriers et les plantations... Ça m'a rappelé la bonne époque de la fac où j'avais suivi un module d'Histoire moderne sur les empires coloniaux européens à la même époque.

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Qui dit XVIIIème siècle dit aussi esclavage. Le sujet n'est qu'abordé dans les deux premiers tomes mais il est frontalement traité dans les trois derniers. Sans fioriture, dans un réalisme crû qui nous renvoie en pleine figure nos crimes passés, on est ici dans le documentaire légèrement romancé. Une belle réussite qui vaut tous les discours et imprécations moralisantes. Rajoutez là-dessus, un soupçon de notions de géostratégies commerciales de l'époque et vous obtenez un plaidoyer aussi implacable que finement mené.

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Toutes les qualités de Bourgeon s'expriment à plein dans cette série où il scénarise et dessine. Cela donne des planches absolument magnifiques où le réalisme ne fait pas reculer l'émotion et la subjectivité. La mise en mots est impeccable, accessible. L'histoire suit son cours emportant avec elle un lecteur fasciné par tant de talent déployé. On passe par de nombreux états et j'ai particulièrement aimé la fin qui est à la fois logique et ouverte.

Je vous invite très chaudement à découvrir cette œuvre pas tout à fait comme les autres, qui vous procurera à la fois du plaisir et de la réflexion. À bon entendeur !