maitre-bonsaiL'histoire: "La légende de la fin des temps raconte qu'après la mort de Sakurako le monde n'était plus que désolation. Pourtant, sur la terre désertée, s'éleva bientôt un arbre à l'endroit même où la jeune fille s'était éteinte, frappée par le sabre de son père. À la fin du monde, ne subsista plus qu'un cerisier blanc, gardé par un serpent."

Empreint de mystère et d’étrangeté, ce roman à la lisière du conte initiatique nous ouvre à la magie des bonsaïs pour révéler un secret : celui de notre part d’ombre.

La critique de Mr K: Voici un livre à côté duquel je serai sans doute passé si l'on ne me l'avait pas proposé en partenariat. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la lecture du "Maître bonsaï" et franchement, le hasard fait bien les choses tant cette expérience s'est révélée marquante entre plaisir simple pour débuter et plongée ténébreuse en toute fin de roman. Apprêtez-vous à rentrer en territoire inconnu entre vie ascétique et secrets enfouis.

Le héros n'a pas de nom, pas de nationalité précise... On sait juste qu'il est plutôt âgé et qu'il exerce la profession de maître bonsaï. Il semble vivre reclus dans sa boutique où il mène une existence en osmose avec ses arbres miniatures. Il voit peu ou pas de personnes hormis ses clients qui sont nombreux et reviennent régulièrement louer les talents fabuleux de ce professionnel plus que méticuleux. Il le dit lui-même au début du roman, il a quitté le règne animal pour celui apaisant du règne végétal. Il communique littéralement avec ses bonsaïs et le héros plane à dix mille mètres au dessus des réalités terrestres.

Tout change quand une jeune femme sans nom elle aussi rentre dans sa boutique. Au début rien de notable, puis peu à peu une étrange relation semble se nouer entre ces deux êtres que tout semble opposer: il est stoïque la plupart du temps, elle bouillonne d'énergie. Loin d'être une simple rencontre fortuite, cette relation va être au centre de l'évolution de l'intrigue, très vite sous le glacis des apparences se noue un drame viscéral qui ne trouvera sa résolution qu'à la toute fin de l'écrit, qui change du tout au tout lors d'une révélation finale aussi glaçante que traumatisante. Sans rire, j'ai eu du mal à m'endormir après cela...

Ce livre est une vraie petite bombe que je trouve pour ma part très original. Son écriture est assez unique en son genre avec la multiplication de litanies sous la forme de phrases très courtes à la syntaxe plus qu'approximative comme dirait les gardiens du temple! Mais voilà, c'est justement ce côté déséquilibré et étrange qui rend ce récit attachant et vivant. On suit le personnage principal à travers ses monologues intérieurs et on n'ignore rien de ce qu'il ressent ou feint de non ressentir. Très évocatrice, la langue se fait douce et enivrante par moment, on se fait emporter très rapidement avec aucun espoir de pouvoir refermer ce livre avant la fin.

Au fil de la lecture, l'aspect répétitif prend tout son sens. Par petites couches successives, on entrevoit un passé bien trouble chez ce maître bonsaï. Peu à peu, une boule se noue et on se rend compte que cette vocation n'est pas venue par hasard, que derrière tout cela se cache quelque chose de très douloureux et une immense solitude. Quand la révélation vient, toute la tranquillité et l'aspect taoiste du livre disparaissent pour ne laisser place qu'à un désert exsangue et mélancolique. On ressort de cette lecture remué comme jamais (sauf peut être avec "Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald) et avec la conscience d'avoir lu une belle et grande oeuvre.

Vous l'avez compris, ce livre est désormais classé parmi les meilleurs que j'ai pu lire tant on baigne dans un univers intemporel, sans effet de manche inutile, où l'humain et la nature sont au centre du monde. Une belle et rude lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite!