un coeur simpleL'histoire: Pour Félicité, vivre, c'est servir. Elle se dévoue à sa maîtresse, aux enfants de celle-ci, à son neveu, et... à son perroquet! Hélas, ce don de soi ne trouve guère de récompense dans l'existence terrestre de Félicité. Toute sa vie, elle dispense son amour sans retour, ce qui lui vaudra une bien singulière apparition du Saint-Esprit lors de son décès...

La critique de Mr K: Petit retour dans le classique pur et dur avec ce livre une fois de plus trouvé dans mon casier et qui m'a replongé dans mes premiers amours: les grands classiques du 19ème siècle avec cet ouvrage de Flaubert, auteur qu'on ne présente plus et dont j'avais dévoré et adoré L'Éducation sentimentale. Format court avec cette nouvelle d'une soixantaine de pages dont je suis venu à bout très vite et qui m'a laissé un doux goût de nostalgie et une légère pointe de déception.

On suit ici le parcours de Félicité, jeune fille d'extraction modeste qui après avoir vécu une jeunesse difficile va finir par se faire embaucher par une femme de la bourgeoisie normande qu'elle va servir jusqu'à sa mort. Nous faisons ainsi connaissance de Madame qui agit dans un premier temps avec beaucoup de froideur mais qui va finalement finir par s'ouvrir à elle avec le temps qui passe, des invités qui viennent partager des parties de carte au manoir et qui profitent des largesses de la maîtresse de maison, nous voyageons dans la Normandie de l'époque et explorons les différentes couches sociales d'une société encore très hiérarchisée malgré la révolution française.

Au milieu de ce monde difficile où la maladie, la cupidité et les conventions règnent, la figure de Félicité émerge comme celle d'une sainte toute dévouée à sa tâche. Elle en devient presque énervante tant elle semble parfois tendre le cou pour se le faire trancher; malgré que l'on se conduise mal envers elle, elle ne rechigne jamais à la tâche et se dévoue corps et âme pour son employeur et sa famille. Son quotidien est d'une monotonie désespérante et laisse peu ou pas de place aux plaisirs des nourritures terrestres. Félicité malgré tout avance, maintient ses efforts et se consacre à son travail jusqu'à s'épuiser et perdre de sa vitalité. Cette histoire finit forcément mal, vous vous en doutez!

Le point de vue externe donne à l'ensemble un côté témoignage indéniable et permet au lecteur une distanciation vis-à-vis du personnages principal ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. Flaubert nous offre des portraits saisissants et en profite pour croquer la société de l'époque, n'épargnant rien ni personne. J'ai aussi particulièrement apprécié les descriptions des conditions de vie des paysans et bourgeois de l'époque, les uns étant nécessaires aux autres, vivant si proches les uns et les autres mais ne partageant rien ou si peu de choses. On retrouve tout le talent évocateur de Flaubert avec une écriture alerte et complexe, ce qui en rebutera sans doute un certain nombre d'entre vous.

Reste tout de même que je me suis légèrement ennuyé pendant cette lecture et qu'il n'aurait pas fallu le double de pages tant certains passages m'ont apparu plats et sans consistance. La dénonciation est bel et bien présente mais manque parfois de finesse avec un personnage principal qui finit par agacer fortement et dont on se détache finalement assez vite. C'est dommage car à trop vouloir en faire, Flaubert pour moi a raté sa cible... je sens que je vais être frappé par la foudre qui va s'abattre sur moi mais je trouve que ce volume est indigne de son talent et vire à la charge facile et manquant de nuance.

Je ne le conseillerai donc pas plus que ça et vous oriente bien volontiers vers son chef d'œuvre nommé ci dessus qui pour moi reste à jamais à placer au panthéon des œuvres réalistes de l'époque.