simon-et-l-enfant

L'histoire: Paris, 1942, Franck, dix ans, vit à Montmartre avec sa mère, qu'il adore, et Simon, qu'il déteste.

Simon qui n'est pas son père, Simon qui, croit-il, lui vole l'affection de sa mère, Simon qui se cache, parce qu'il est juif.

Mais le destin va les contraindre à faire alliance. Et des champs de courses de Paris aux maquis de Savoie, d'un orphelinat au camp de Drancy, ils devront affronter, ensemble, une série d'aventures toujours pittoresques, parfois tragiques.

Entre Simon et l'enfant, entre l'adulte un peu voyou et le gamin trop vite grandi va naître d'abord une estime réciproque, puis une amitié plus forte que la guerre...

La critique de Mr K: Une belle lecture aujourd'hui encore avec ce roman de Joseph Joffo. Vous qui nous suivez régulièrement, vous savez toute l'admiration que je porte pour cet écrivain non émoulu du cénacle littéraire, Joffo étant garçon-coiffeur de formation. Contrairement à Un sac de billes et Baby foot, ce roman n'est pas autobiographique, il s'agit d'une fiction qui prend une fois de plus comme cadre la France sous l'occupation allemande, période trouble entre toute, qui a marqué l'auteur à jamais.

On suit ici Franck, un enfant que la guerre va faire murir trop vite et Simon, un réfugié juif en ménage avec Mireille, la maman du jeune garçon. La tension entre les deux personnages est palpable dès le départ, une place se joue entre les deux auprès de la jeune femme. Son fils est jaloux de l'affection que Mireille porte à Simon mais il ne se rend pas des enjeux cachés derrière cette relation. Simon lui, fait ce qu'il peut et très vite le destin va les rattraper. Mireille va disparaître et les deux écorchés vifs vont devoir apprendre à s'apprivoiser, à vivre ensemble au mépris du danger. L'animosité va se transformer en amitié et ce lien unique qui se tisse va se révéler essentiel face à l'adversité.

On retrouve dans ce roman tout le talent de conteur de Joseph Joffo. L'écriture est simple et efficace, la reconstitution historique est fidèle et pas du tout assommante. Le background est donc très bien rendu et renforce l'évolution des personnages. Plus que l'image du juif traqué et révolté, je retiendrai particulièrement l'évolution de l'enfant qui d'innocent va devenir homme et résistant à sa manière. Sa psychologie est très bien décrite et s'ancre dans un réalisme imparable qui nous permet d'effleurer l'état d'esprit de certains de nos compatriotes de l'époque (rien ne vaut un bon vieux témoignage). L'injustice est ici criante, la révolte nécessaire. Cette lecture est particulièrement intéressante dans cette période où les prises de paroles extrémistes se banalisent et où les frontières entre le bien et le mal se font de plus en plus ténus dans une République Française que je trouve personnellement en danger.

Reste que ce roman n'est pas le plus réussi de cet auteur. Il y a tout d'abord une impression de redite qui s'installe chez le lecteur après avoir lu les deux précédents ouvrages de l'auteur. On retrouve les même thématiques et le style finalement ne se renouvelle pas beaucoup. Le fond reste cependant très prenant. Je trouve aussi que la puissance qui se dégageait de l'oeuvre de Joffo est ici un petit peu moindre, sans doute est-ce l'effet "fiction". Pas de vécu ici et un aspect moins viscéral des drames qui se jouent malgré des passages très difficiles.

Au final, ce Simon et l'enfant se révèle être une bonne lecture, d'une pratique aisée et plaisante malgré un sujet grave. À lire si la période et le thème vous intéresse. En cas de doute, préférez lui les deux autres titres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog.