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L'histoire: Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable... Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent...

La critique Nelfesque: Le mercredi de sa sortie, Mr K m'envoie un mail au boulot avec un simple "Ca te dit?" et la bande annonce du film en lien. Je n'avais pas entendu parler de ce film, j'ai vu la bande annonce et j'ai dit "Banco" (oui, je sais, je suis complètement guedin dans ma tête)! Avec ce simple mot, je venais de signer pour un film de 2h30 mais qui, d'après les critiques, s'apparentait à un "Silence des agneaux" ou un "Mystic River". Rien que ça!

"Prisoners" commence doucement... De facture classique, j'ai eu un peu peur pendant les 30 premières minutes d'être devant un film sympa mais qui aurait très bien pu se voir à la TV. Pas la claque attendue en somme. Présentation rapide de la petite famille et du couple d'amis, enfants qui jouent dans la rue, présence d'un camping-car suspect... On sent arriver le drame... Moui bon d'accord...

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Ce qui devait arriver arrive, les 2 petites filles se font enlever en pleine après-midi et le suspect est tout désigné d'avance: le conducteur du camping-car. En plus, ça tombe bien, il a la tête d'un Francis Heaulme à l'américaine et le QI d'un enfant de 10 ans. Pourquoi chercher plus loin? Pour l'un des pères de famille, joué par Hugh Jackman, c'est une évidence, cet homme est coupable. A partir de là, le film prend une tournure sombre, malsaine et, quelque part, hypnotique.

Keller Dover, le personnage du père, est fou de douleur et va entrainer les autres victimes de ce drame (à savoir sa femme, son fils et ses amis) dans une spirale infernale d'où ils ne pourront pas ressortir indemnes. Pour dire vrai, au moment du visionnage, j'ai détesté ce personnage. Sa façon de penser, ses actes surtout m'ont donné envie de vomir. De victime, il va devenir bourreau. Un personnage sans coeur qui n'a qu'en seule ligne de mire le fait de retrouver sa fille et ce qu'importe le prix. A ce stade du film, je n'avais qu'une envie, qu'il paye pour ce qu'il était entrain de devenir, qu'il perde même sa fille tellement il transpirait l'inhumanité... C'est dire... Et puis avec le temps, cela fait maintenant une semaine et demi que nous sommes allés voir "Prisoners", j'ai vu ce personnage différemment. Hugh Jackman est possédé par la haine, transpire l'urgence et est transcendé par la souffrance. Le spectateur est révulsé, dégouté, et les rôles s'inversent. On ne sait plus qui sont les "méchants" et qui sont les "gentils". Loin d'être manichéen, "Prisoners" explore l'âme humaine et ses facettes les plus viles.

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Mais ma préférence va pour l'inspecteur Loki. Jake Gyllenhaal, l'intemporel Donnie Darko, nous offre là un personnage profond, tout en intériorité et avec une sensibilité touchante. Visiblement marqué par la vie, il a une façon de mener son enquête à l'opposé de l'hystérie ambiante et à mon sens c'est lui le personnage phare de ce film. Intrigant, il capte la lumière et l'attention du spectateur. Il est, avec ses faiblesses et ses blessures, la lueur de normalité, l'équilibre nécessaire à un spectateur qui sans lui ne pourrait supporter l'atmosphère malsain de ce long métrage.

Sans aller jusqu'à comparer "Prisoners" au "Silence des agneaux" ou à "Mystic River", je suis ravie d'avoir été voir ce film au cinéma. Pendant 2h30, dans le noir complet, avec le film sur grand écran, j'ai vécu bien plus intensément cette expérience que devant un quelconque poste de télévision. Je vous le conseille.

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La critique de Mr K: 5/6. Vu les annonces faites sur ce film, je m'attendais à une grosse claque, une semaine et demi après son visionnage, je me dis que nous avons juste vu un très bon film... et c'est déjà pas si mal! Sûr qu'il lorgne vers Le silence des agneaux et Mystic river mais il manque un je ne sais quoi de magique, un supplément d'âme qui aurait pu le classer dans le rayonnage des thrillers cultes. Pour autant, on ne s'ennuie pas une seconde pendant les plus de 2h30 de métrage. La pression va grandissante avec un début tout pépère qui présente les deux familles qu'un drame épouvantable va toucher puis une enquête classique qui va son chemin. En parallèle des recherches de police, le réalisateur s'attache à montrer le lent effondrement d'un des pères de famille. Allant constamment de ce dernier au policier responsable de l'enquête, Denis Villeneuve installe le trouble et le suspens. Une fois de plus c'est à la toute fin que tout sera révélé avec une dernière scène mémorable.

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Techniquement, on frôle la perfection. Le climax est tendu à souhait avec ses paysages urbains hivernaux et froids qui collent à merveille avec l'état d'esprit dépressif des deux personnages principaux. Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal sont tout bonnement incroyables de talent et de justesse. On y croit et on sombre avec eux. La folie de Jackman est remarquablement rendue et à part son rôle dans The Fountain, il n'a jamais eu de rôle aussi puissant. Jake Gyllenhaal (Donnie Darko forever!) promène sa mélancolie avec brio et présente un personnage de flic loin des poncifs habituels, ses tics, son phrasé, ses méthodes marqueront je pense les esprits. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec notamment Paul Dano dans le rôle d'un arriéré mental qui va subir les foudres d'un père de famille fou de douleur. Des passages sont vraiment rudes dans ce film d'où la référence à Mystic river mais même si l'on sort sonné de ce film, la coquille semble un peu vide quand on y réfléchit un peu plus. Les ficelles sont visibles à des kilomètres et il manque un peu de finesse et de surprise dans le scénario pour faire face à un film incontournable.

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Reste le fait que j'ai passé un excellent moment de cinéma, que l'ambiance de ce film est vraiment à part et que le spectacle de la faiblesse et de la décadence humaine face à un drame intime est remarquablement rendue. On ne peut que penser que ce film est aussi une oeuvre condamnant une forme de repli sur soi pouvant conduire aux pires exactions et fustige une certaine Amérique qui fait froid dans le dos. A voir!