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L'histoire: Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu'il a pas de crime, ni la famille parce qu'elle est déshonorée. Partir sans donner d'explication, c'est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là.

Comment peut-on s'évaporer si facilement? Et pour quelles raisons? C'est ce qu'aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu'il aime encore, il mènera l'enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai.

Mais, au fait: pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître?

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec ce premier contact avec l'auteur Thomas B. Reverdy qui nous convie ici à une promenade au sein d'un pays lointain et ésotérique : le Japon. Cette contrée lointaine a toujours provoqué chez moi une certaine fascination, depuis notamment un cours qu'un prof hors-norme nous avait fait en Terminale: la mentalité japonaise, les moeurs entre tradition et extravagance, le respect de la nature et le culte de l'énergie nucléaire, la culture religieuse très forte et la modernité au coin de la rue, sa littérature à la fois poétique et évocatrice (Murakami est un maître ), la nourriture, les films de genre ultra-gore (Tokyo gore police par exemple), Miyasaki... Autant d'éléments dissonants, contrastés qui m'attirent et qui ici se retrouvent concentrés dans un roman fort bien mené.

C'est par le prisme de plusieurs personnages, plusieurs visions que nous pénétrons dans le Japon d'aujourd'hui. Yukiko et son ex petit-ami détective viennent chercher des réponses quant à la disparition de Kaze que nous suivons aussi tous les quatre chapitres. Il y a aussi un jeune garçon des rues, orphelin réfugié climatique suite au tsunami qui provoqua Fukushima, qui intervient de temps en temps pour compléter un tableau qui se veut exhaustif sur ce pays pas tout à fait comme les autres. Les chapitres sont très courts, pas plus de six pages chacun, et s'apparentent à de petits bonds décrivant à chaque fois une réalité, un sentiment et des émotions. Par ce balaiement régulier, un rythme quasi hypnotique s'installe et le lecteur ne peut décrocher tant il est immergé dans un univers à la fois captivant, poétique mais aussi inquiétant.

On retrouve ainsi beaucoup d'aspects que l'on connait déjà du Japon et de ses habitants. La fierté intrinsèque des japonais et la volonté de ne j'avais perdre la face à travers cette étrange disparition qui porte préjudice à l'image de la famille de Yukiko, la gentillesse et le devoir de bien recevoir ses hôtes, la foule anonyme et impassible des grandes villes (des scènes entières sur ce thème sont d'admirables réussites), les paysages urbains mêlant grisaille et activité incessante, des restaurants et troquets survoltés, des villes hyperactives où l'activité est continue contrastant avec une campagne paisible baignant dans une culture plurimillénaire. C'est avec un plaisir sans borne que nous suivons Yukiko, jeune expatriée reprenant contact avec sa culture et son pays. Richard est son pendant occidental qui lui, va à la découverte de l'univers de sa bien-aimée alors qu'il n'aime pas voyager! Cela donne lieu à des scènes tendres, parfois drôles avec des incompréhensions dues à la rencontre de deux cultures bien différentes.

Ce livre nous décrit aussi un Japon inconnu que les autorités semblent essayer de cacher aux yeux des occidentaux. Un pays au main des mafias Yakuzas garantes de l'ordre et du bon fonctionnement de la société. Un pays où les réfugiés de Fukushima vivent dans la misère la plus totale dans une quasi indifférence générale. Le tableau est apocalyptique par moment et très dur à supporter tant on se rend compte que bien des choses nous sont cachées et que derrière l'image de ce pays riche et développé existe la pauvreté, le danger extrême des radiations et le destin fatal réservé à de nombreux japonais.

Ce livre est donc un parfait condensé de ce pays et invite à un voyage à nul autre pareil qui ne peut laisser indifférent. La langue est poétique à souhait et peu à peu je me suis laissé gagner par cette torpeur toute japonaise que je n'avais pas expérimenté depuis ma dernière excursion chez Murakami. Simple et pure en terme d'écriture (attention cependant, vous allez réviser par moment vos connaissances en japonais, pas de lexique en fin d'ouvrage), cette oeuvre se concentre sur l'essentiel. Ici l'histoire n'est qu'un prétexte à la découverte d'une culture et d'un peuple et même s'il ne se passe pas grand chose et que la fin est elliptique, on ressort heureux et un peu effrayé de ce roman à la fois atypique et passionnant.

Une très belle expérience littéraire que je ne peux que vous conseiller!