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L'histoire: Les fusées calcinaient les champs rocailleux, changeaient la pierre en lave, le bois en charbon, l'eau en vapeur, le sable et la silice en une matière verte et vitreuse dont les éclats, un peu partout, reflétaient l'invasion comme des miroirs brisés.

Les fusées arrivaient avec des roulements de tambour dans la nuit. Les fusées arrivaient comme des sauterelles, par vagues, soulevant d'énormes fleurs de fumée ardente. Et, des fusées, s'élançaient des hommes armés de marteaux pour façonner cet univers insolite à l'image de leur monde familier, en écraser toute l'étrangeté.

La critique de Mr K: Une relecture aujourd'hui avec ce grand classique de la SF que j'avais lu adolescent. Je l'ai conseillé à un élève non-lecteur le mois dernier et devant son avis enthousiaste (il l'a tout de même lu en une semaine ce qui est un exploit selon ses propres mots) et son plaisir très communicatif, j'ai ressenti l'irrépressible envie de me replonger dans cet ouvrage aussi marquant qu'intriguant. En plus, je l'avais dégoté il y a quelques mois dans une édition assez délectable (collection 1000 soleils chez Gallimard avec une couverture de Bilal s'il vous plaît!) garnie d'un mini dossier scientifique sur la vie extra-terrestre. Que du bonheur je vous dis!

A travers de mini-récits mettant en scène des personnages divers et variés (humains et martiens selon le chapitre), on suit une évolution possible de la vie sur Mars à partir du moment où l'homme y envoie sa première fusée d'exploration. On fait tout d'abord connaissance avec les martiens qui ont semble-t-il un mode de vie hédoniste. Le hasard (ou la destinée?) font que les habitants de la planète rouge que l'on croise se nomment Mr et Mme K. Ca ne s'invente pas! Rassurez-vous, Nelfe et moi sommes biens des terriens, à plus forte raison des bretons... surtout moi en fait! Mais je m'égare... Ces martiens vivent tranquillement, en paix, écoutent de la musique, mangent des fruits d'or et regardent s'écouler les fleuves à vin. Et puis un beau jour, les terriens atterrissent et l'indifférence que cela génère chez les martiens (et la surprise chez les humains d'ailleurs) va se transformer en intérêt. Je n'en dis pas plus mais sachez que dès lors plus rien ne sera pareil et que l'évolution va s'accélérer.

Durant tout le livre, des petites chroniques vont s'accumuler pour nous permettre de suivre l'Histoire de Mars. C'est l'occasion au détour de certains récits pour l'auteur de dénoncer certain travers de son époque et de l'être humain en général. J'ai particulièrement aimé la chronique où les Noirs décident de tous quitter la Terre pour un avenir meilleur dans les étoiles. Pour autant, Bradbury ne tombe pas dans le manichéisme facile, les êtres humains et martiens sont ici traités avec nuance et intelligence, on ne peut parler ni d'invasion ou de conversion, plus simplement d'une rencontre qui va à jamais modifier deux civilisations bien distinctes.

Dans ce livre, le style de l'auteur est impeccable de sobriété et de finesse. Il est très facile de se laisser pénétrer par les différents récits et les non initiés à la SF seront surpris de découvrir que ce genre peut se révéler simple d'accès et très poétique. Au détour d'une phrase, d'une description de la planète Mars (il y a vraiment de très beaux moments), on se prend au jeu et l'on voyage littéralement. Trait rare aussi à la SF, l'humour est très présent notamment lors des différentes rencontres des expéditions avec les autochtones, des passages faisant irrémédiablement penser au meilleur des Monty Python dans la plus pure tradition no-sense.

À l'arrivée, on se rend compte que cet ouvrage est de ceux qui ne prennent pas une ride, où le talent supplante la surenchère stylistique au profit de la beauté primaire et de l'humanisme. Une oeuvre intemporelle et touchante au possible qu'il faut avoir lu. Tenez-le vous pour dit!