fautilmangerL'histoire: Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer se lance dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d'une ferme où l'on élève les dindes en pleine nature, l'auteur explore tous les degrés de l'abomination contemporaine. Un livre choquant, drôle et inattendu qui a déjà suscité passions et polémiques.

La critique Nelfesque: Je ne suis pas insensible au sujet soulevé par cet essai, bien au contraire. J'ai lu par le passé l'excellent "Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta qui encore aujourd'hui est bien présent dans mon esprit et m'a fait prendre des décisions importantes concernant mon alimentation.

Avant cette lecture, j'avais conscience de certaines choses (mais le minimum vital), je me doutais de la présence de composés douteux dans certains ingrédients des recettes que je préparais mais j'enfouissais sciemment ces moments de lucidité au plus profond de mon cerveau car décider de changer sa façon de consommer n'est pas une décision facile. Cela n'implique pas toujours un changement radical mais ces ajustements peuvent être "déchirants" (oui j'insiste, j'y reviendrai). C'est tout le cheminement de penser son alimentation qui change et avec lui une part de soi même.

J'en viens maintenant à l'ouvrage de Jonathan Safran Foer. On pourrait penser que mon introduction est subjective, qu'"on s'en fiche de ta vie Nelfe, vas-y parle nous du bouquin!" mais tout cela est étroitement lié... La force de "Faut-il manger les animaux?", au delà du fait qu'il met le lecteur devant le fait accompli et devant des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire pour l'industrie alimentaire (à défaut de notre santé), réside bien ici. L'auteur nous fait part de son expérience personnelle et touche ainsi chacun d'entre nous.

Partant d'un fait précis, la naissance de son fils, il se questionne sur l'alimentation qu'il va donner à son enfant, à l'avenir qu'il veut lui réserver, à tout ce que son choix peut comporter comme conséquences pour lui mais aussi sur les habitudes familiales, les traditions, les racines de sa famille. Dit comme cela, cela peut paraitre extrême comme raisonnement (partir d'un roti de porc comme repas du dimanche pour en arriver à la remise en question du ciment familial) mais il est un fait, notre alimentation, nos repas partagés avec notre famille, composent nos souvenirs. Les repas de Noël sont associés à la dinde et à la bûche, le poulet du dimanche chez mémée est une institution et je ne parle même pas des barbecues entre potes quand arrivent les beaux jours. Que seraient Noël, les repas du dimanche et les barbecues sans la dinde, le poulet, les côtes de porc et les chipo/merguez?

Arrivés là, vous pensez peut être que Jonathan Safran Foer fait l'apologie du végétarisme, que c'est plus facile à dire qu'à faire et que quand même une bonne côte de boeuf c'est bon. Sur ce dernier point, vous avez tout à fait raison, sur le second, je suis bien d'accord avec vous mais sur le premier, contrairement à ce que moi même je pouvais penser en commençant cette lecture, Jonathan Safran Foer n'a pas écrit son livre pour que ses lecteurs deviennent végétariens. Nous suivons alors son cheminement de pensées, ses doutes qui sont aussi les notres, ses réflexions, ses investigations et ses conclusions. Autant j'étais échaudée sur certaines choses (élevage de poulets en batterie, poulets et porcs génétiquement modifiés (merci Isabelle Saporta)...), autant j'en ai appris de "bien bonnes" entre autres sur les conditions d'hygiène dans les abattoirs (pourtant loin d'être naïve et pensant ne pas être dupe, j'étais encore dans le monde des bisounours) et sur les appellations "plein air".

L'auteur ne cherche pas à nous dégoûter ou à faire du sensationnel. Il ne relate que des faits qui existent bien plus que l'on ne voudrait le croire. Il ne cherche pas à nous convaincre que son choix est le bon et que le nôtre est mauvais mais il éveille les consciences de ses lecteurs. Notre façon de manger a une incidence sur notre santé bien sûr mais aussi sur notre planète. La population mondiale ne cesse d'accroître, nous mangeons de plus en plus de viande (trop) et par logique la demande en viande augmente chaque année. Les chiffres que nous présente Foer donnent le vertige. C'est plus que de l'abattage d'animaux que nous cautionnons... Bien plus... Les animaux ne sont plus considérés comme tels dans l'élevage intensif. Ce sont des produits, des numéros, des "choses" que l'on vend en très grande quantité. De la même manière que l'on est dénué de sentiments pour une lampe ou une chaise, les "promoteurs" éleveurs n'ont plus rien à voir avec les paysans du temps de nos grands-parents. Les fermes ne sont plus ce qu'elles étaient et ce qu'elles sont dans l'imaginaire collectif.

"Rooo mais comment t'y vas Nelfe! On va pas arrêter de manger notre steak frites chez Hippopo! On est en haut de la chaîne alimentaire, faut pas l'oublier!". Héhé, modérez vos propos chers lecteurs (oui j'aime bien m'inventer des discussions imaginaires)! Bien sûr nous sommes en haut de la chaîne alimentaire, bien sûr on a besoin de viande (les végétariens diront le contraire mais je ne suis pas végétarienne) et bien sûr la viande c'est bon! Après avoir lu l'essai d'Isabelle Saporta j'avais déjà changé mon alimentation concernant les fruits et les légumes, privilégiant les produits bio, avec "Faut-il manger les animaux?" c'est mon rapport à la viande qui a changé. Et comme dirait l'autre, "ça ne coûte pas plus cher de bien manger!". Si on consomme local et de saison et si on réduit sa consommation de viande de façon à en acheter moins mais de meilleure qualité, les comptes s'équilibrent.

Maintenant reste à le vouloir... Lisez "Faut-il manger les animaux?" et on en reparle!

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict avec les éditions Points. Merci à eux.