lapageblancheL'histoire : Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?

La critique Nelfesque : Je suis une inconditionnelle de Boulet. Il pourrait dessiner "La Petite maison dans la prairie" que je serai toujours aussi fan ! Il a une folie dans ses histoires où je me retrouve complètement, un humour qui me fait faire pipi dans ma culotte (j'exagère à peine) et un dessin vraiment superbe et riche en détails. Pour "La Page blanche", c'est lui qui est au scénario et rien que pour ça j'ai envie de dire "peu importe qui tient le stylet de la tablette (oui parce que c'est comme ça maintenant, on ne dessine quasi plus à l'ancienne (triste monde tragique)), il FAUT que je lise cette BD!!!".

Le stylet, c'est Pénélope Bagieu qui le tient. Bingo ! Je lis son blog depuis des lustres maintenant et j'ai beaucoup aimé "Joséphine". Double effet Kiss cool pour "La Page blanche" !

On est ici bien loin de l'univers de "Joséphine" et des "Notes" de Boulet. Pas de larmes au coin des yeux parce qu'une situation vous fait mourir de rire ni de blagounettes qui enfoncent des portes ouvertes mais transpirent la réalité. Le ton est d'emblée plus soft. Une certaine mélancolique se dégage de ces pages et l'ensemble plonge le lecteur dans une sorte de sentiment cotonneux.

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Notre héroïne se retrouve un soir d'automne assise sur un banc parisien et confrontée à un black out total sur sa vie. Elle ne se rappelle plus son nom, son adresse, son travail, ses amis... Mis à part qu'elle est visiblement jeune et qu'elle vit dans la capitale française, tout le reste est à redécouvrir.

C'est ce chemin vers la connaissance d'elle-même que Pénélope Bagieu et Boulet nous font arpenter dans "La Page blanche". Elle va enquêter sur sa propre vie, glaner des indices auprès de ceux qui la connaissent, découvrir une jeune femme dont elle ignore tout et parfois ne souhaiterait pas retrouver.

J'ai été surprise par cette bande dessinée qui nous donne à voir un côté plus sombre des deux auteurs, révélant leur face sensible et quelque part leur vision de la vie. Je savais déjà Boulet capable de ce genre de choses (je vous l'ai dit, je suis fan) par contre de Pénélope je ne connaissais que le côté girly et ce fut très agréable de la voir dans un autre registre.

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L'humour est tout de même présent sur certaines planches, permettant de détendre une atmosphère assez lourde. On se prend d'affection pour cette jeune femme et l'oppression qu'elle ressent nous donne envie d'ouvrir la fenêtre et de prendre un grand bol d'air.

Je conseille la lecture de cette BD qui met le doigt en douceur sur des sujets tels que le poids des apparences et du quotidien, l'appartenance à des clans sociaux et surtout fait réfléchir le lecteur au sens qu'il veut donner à sa vie. Tout un programme ! La Vérité est ailleur (comme dirait Mulder...) !

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La critique de Mr K (edit du 29/10/19) : Ces dernières semaines, je redécouvre le fond du CDI de mon bahut avec notamment cet ouvrage que Nelfe avait lu et chroniqué il y a déjà un petit temps. La Page blanche de Pénélope Bagieu et Boulet faisait parti d’une sélection de titres rentrant dans la composition d’une liste de BD pour un concours de lecture lycéen. Le temps a passé et je n’ai jamais vraiment pris le temps de lire celui-ci. Il faut dire que je partais avec un à priori pas forcément positif sur Pénélope Bagieu dont les traits de crayon ne m’ont jamais charmé (sans avoir lu le moindre titre d‘elle) mais la présence de Boulet au scénario et mon attachement à lui m’ont fait franchir le pas. Que j’ai bien fait ! Cette BD m’a tour à tour ému, fait rire et au final propose une réflexion loin d’être inintéressante sur notre époque.

L’idée de base est simple : une jeune-femme a perdu la mémoire et tente de la retrouver en enquêtant du mieux qu’elle peut. Heureusement, en fouillant le sac à main présent à ses côtés, elle a une première piste : elle va finir par retrouver son nom, son appartement puis plus tard le travail qu’elle occupe. Petites avancées par petites avancées, elle progresse mais l’essentiel est ailleurs finalement... Pourquoi a-t-elle perdu la mémoire ? Cette douloureuse question nous accompagne durant toute la durée de notre lecture et obtiendra sa réponse de fort étrange manière...

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Il ne m’a fallu finalement que quelques pages pour m’habituer au style de Pénélope Bagieu. Au final, son style est beaucoup plus fouillé qu’il n’y paraît, il y a du dynamisme et de la vie dans ces planches. Les personnages sont très expressifs et leurs visages bien que succinctement dessinés retranscrivent très bien les émotions qui les traversent. Et il y en a, avec cette histoire plutôt classique qui va atteindre des horizons insoupçonnés dans le dernier quart du volume.

On sent clairement la patte Boulet dans cette BD, où l’on oscille entre vide existentiel et gros trips délirants de l’héroïne qui imagine tout et n’importe quoi au fil de son exploration mentale. Le ton est d’ailleurs plutôt léger au départ, certes la situation est préoccupante mais l’héroïne prend le parti de s’en amuser et de simplement chercher son identité réelle. Mais au fil des pages, on sent bien que quelque chose de plus sombre est à l’oeuvre, les planches deviennent plus lourdes de sens et l’on plonge dans les méandres d’un esprit qui s’est égaré. L’ensemble est très fin, le dosage est totalement adéquat entre l’humour, l’angoisse et la métaphysique parfois.

Derrière cette BD se cache donc un petit bijou d’humanité et de réflexion. Le genre de lecture qui donne ses lettres de noblesse à la BD et donne envie de poursuivre ma découverte d’une auteure que j’ai trop longtemps évité. Courez-y si ce n’est pas déjà fait !