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L'histoire : Ce n'est pas l'histoire de sa mère car de mère, il en a si peu. Elle n'est jamais là, elle travaille comme standardiste de nuit à Lariboisière. Elle fait de son mieux. Alors il vit sa vie tant bien que mal et la raconte dans son langage à lui, le môme des cités. Il n'est pas fort en rédaction, mais lui aussi fait de son mieux...

La critique de Mr K : Attention livre effroyable ! Il n'est pas à mettre entre toutes les mains, les âmes sensibles s'abstiendront ainsi que tous les bobos de gauche et réacs de droite car c'est la vérité la plus crûe et la plus extrême qui est exposée ici. Préparez-vous à une plongée sans concession dans l'univers d'un pré-ado de cité !

Ce livre est écrit à la première personne, un "je" terriblement immersif qui nous accompagne du début à la fin. Ce "je" n'a pas de nom ou de prénom, il est à proprement parlé symbolique, il représente bien plus que sa petite personne, c'est tout un pan de notre jeunesse qui est ici révélée : espoirs déçus, actes manqués, premières conneries, découverte de son corps / du rapport à l'autre, la dope, le sexe... rien n'est masqué ou mis de côté. Derrière ce catalogue et la peur qu'il peut inspirer à la lecture du récit, le malaise va grandissant. La lecture se révèle éprouvante, l'auteur nous renvoie l'image d'une société malade et le constat est sans appel.

Vous serez confrontés entre autre à des parents qui travaillent comme des acharnés et ne voient pas grandir leurs enfants qui poussent dans tous les sens et glissent dans la petite délinquance avant le grand saut, à une école inégalitaire qui depuis des décennies ne remplit plus son rôle d'ascenseur social (a-t-il seulement existé depuis la seconde guerre ?), à la désacralisation de l'acte sexuel remisé à un plaisir mécanique et machiste (des passages sont vraiment rudes à ce propos, bien plus dérangeants d'ailleurs que dans un Despentes par exemple), à la dope et à l'accoutumance qui l'accompagne, à l'intégration qui ne se fait plus et à la montée des intégrismes... autant de travers ici décrits sans complaisance ni gratuité, un constat neutre et terriblement d'actualité.

Au milieu de tout cela, il y a un jeune garçon (le héros-narrateur) qui a des qualités et des capacités mais une erreur de jugement, la recherche de compagnie et patatra... C'est le début de la descente aux enfers et ceci très jeune. L'espoir minci, l'innocence s'envole pour laisser place à une fripouille de quartier comme il y en a tant d'autres. À noter que ce jeune est d'origine "gauloise" ce qui nous change des clichés véhiculés ! On ne voit pas venir la chute même si finalement elle est logique, le lecteur referme le livre abasourdi et sous le choc.

Je l'ai lu en un après midi, il m'a été impossible de le refermer avant le mot "fin" tant j'ai été pris par le style oralisant qu'adopte Jonquet pour faire vivre son jeune héros de cité. Malgré un malaise qui s'amplifie et des passages vraiment difficiles, la curiosité l'emporte. Mais c'est trop facile de fermer les yeux face à de tels actes et phénomènes qui vont se multipliant dans toutes les sociétés "dites" modernes. Ce roman nous livre des clefs, les solutions restent à inventer. Un réel uppercut littéraire qui donne à réfléchir et que vous lirez et apprécierez si vous avez le coeur bien accroché !

Lu, apprécié et chroniqué du même auteur :
- Mygale