spinradL'histoire: Et si, écoeuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux États-Unis? S'il s'était découvert une vocation d'écrivain de science-fiction? S'il avait rêvé de devenir le maître du monde et s'était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le seigneur du Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires?

La critique de Mr K: Aujourd'hui, une lecture que je qualifierai de terrifiante! Dédicacé par l'auteur lui-même aux Utopiales 2011 de Nantes, ce livre a une sacré réputation et elle n'est pas usurpée! Ce n'est pas tous les jours où l'on lit un pseudo livre d'Adolf Hitler écrit par un juif! Car ici il s'agit d'un livre dans le livre, la projection des fantasmes nauséabonds d'un être sans relief dans une œuvre de fiction. Plus que Rêve de fer, c'est Le Seigneur de la Svastika que l'on lit et depuis mon étude approfondie de Mein Kampf, il ne m'avait jamais été donné d'éprouver autant de dégoût en lisant une œuvre littéraire. Et même si l'ouvrage de Spinrad est avant tout une parodie redoutable et une condamnation sans appel du nazisme comme précisé en quatrième de couverture, sa lecture reste dérangeante et terriblement éprouvante!

Passée l'excellente préface de Roland C. Wagner (auteur entre autre du très bon Rêve de gloire) qui recontextualise cette œuvre si particulière dans la bibliographie de Spinrad, on pénètre dans l'esprit malade d'un certain Adolf Hitler, immigré allemand aux États-Unis suite à la défaite de 1918 de l'Empire Allemand. Le Seigneur de la Svastika raconte l'émergence d'un héros pur et puissant du nom de Feric Jaggar qui prône la supériorité de la race humaine sur toutes les autres. Adepte de l'eugénisme et de la sélection non naturelle, il va peu à peu s'emparer du pouvoir et modeler la Terre à son image. Situé dans un univers post-apocalyptique (le feu nucléaire a ravagé la Terre et provoqué des mutations chez les individus et la Nature) tendance héroïc fantasy, on suit les pérégrination racistes et sanglantes de ce surhomme bientôt dictateur.

Pendant plus de trois cents pages, le pauvre lecteur enchaîne les clichés racistes, les scènes de massacres et d'injustices insoutenables. C'est très dur et plus d'une fois il a fallu que je retienne mon souffle tant j'ai souffert. À la limite du soutenable, j'ai pourtant continué ma lecture tant j'avais l'impression d'être au contact d'une œuvre culte. Plusieurs critiques y ont vu une dénonciation bien évidemment du nazisme mais aussi du genre héroïc fantasy notamment dans ce qu'il contient de fascisme larvé (notion de races), de pulsions guerrières et d'images de surhomme. Certes il y a cet aspect mais ce n'est pas ce qui m'a le plus parlé. Derrière cette ascension de Feric Jaggar, on ne peut y voir que le miroir légèrement déformé de l'ascension d'Hitler dans les années 30 puis de son exercice du pouvoir totalitaire. Du putsch raté de Munich à la construction des camps d'extermination, tout y est! Les juifs sont ici des télépathes manipulateurs et les sous-races sont les mutants résultants des radiations nucléaires... Ça fait vraiment froid dans le dos tant les mécanismes du totalitarisme (notamment brillamment étudiés par Hannah Arendt) sont ici bien rendus: la mise en scène des rassemblements fascistes, la manipulation via la propagande, la fascination des foules, la violence résultant d'une idéologie xénophobe...

Une fois ce roman terminé, j'avais une énorme boule à l'estomac résultant d'un malaise grandissant tout au long de cette lecture qui s'est révélée à la fois très désagréable mais authentiquement constructive et nécessaire. Il faut parfois se faire mal pour toucher à quelque chose d'essentiel: plus jamais ça! Lutter contre la banalisation de thèmes fascisants (avec Guéant, Sarkozy et la Le Pen on est servi!) et essayer à notre modeste échelle de transmettre des valeurs d'entraide et d'ouverture. Un livre à la fois repoussoir et nécessaire, une étrangeté au parfum de soufre que j'invite à découvrir aux plus courageux d'entre vous.