vendredi 24 février 2012

"Predation" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

pred'L'histoire: Un cadavre dénudé est découvert dans une friche industrielle, la main droite est déchiquetée. Un homme se tire une balle en pleine tête, dans un centre commercial bondé. Un jeune père, dressé comme un chien, est tourmenté sans relâche au fond d'un cachot sans porte ni fenêtre. 

Aucune piste, aucun lien, aucun mobile... Qui sont ces hommes? Pourquoi ont-ils été choisis? Pour quelle mise à mort aberrante?

La critique de Mr K: Predation est le premier volume de la trilogie Les voies de l'ombre (du moins à ce jour!). C'est une série de romans mettant la police aux prises avec un psychopathe d'une rare perversité et intelligence: Kurtz. Être dégénéré, à l'enfance broyée, amateur des Doors et du film Apocalypse Now, il enlève, rééduque et se débarrasse de ses victimes comme il l'entend suivant un plan machiavélique, millimétré et implacable. Depuis le personnage d'Hannibal dans les œuvres de Thomas Harris, je n'avais pas rencontré un tel "génie du mal". Âmes sensibles s'abstenir car la descente est rude et toute trace de raison disparaît au profit de la folie la plus pure et la plus sombre! Sachez simplement que Kurtz mène le jeu et qu'il ne connaît aucunement la pitié et la commisération.

Face à Kurtz, on suit les pérégrinations de quelques policiers typiques: le vieil inspecteur à qui on la fait pas en pleine dépression (Rufus), la coéquipière sympathique un peu jeune dans le métier et volontaire (Cécile), le légiste lugubre à souhait et plus étonnant, un commissaire plutôt cool avec ses troupes et facilitant le travail de ses hommes. La tension dans l'équipe d'enquêteur ne vient donc pas des conditions de travail (ce qui est souvent le cas dans ce type de livre) mais plutôt de la prise de conscience de la nature du monstre qu'ils doivent combattre. Insaisissable mais proche à la fois, les indices sont rares et les rares survivants de ses méfaits sont incapables de se remettre de leur épreuve. Ils sont transformés et irrémédiablement différents. La manipulation est de mise et les auteurs s'en donnent à cœur joie pour égarer le lecteur et le faire frémir: pour cela, ils sont très efficaces! Essayez aussi ne pas trop vous attacher aux personnages principaux, vous pourriez être très déçus... les auteurs ne les ménagent pas et attendez-vous à des changements de taille!

Le livre se lit très vite car dès les premières pages on est pris par l'histoire et touché en plein cœur par certains personnages. Pour ma part, j'ai adoré le traitement clinique qu'ont adopté les auteurs pour nous présenter et nous livrer le personnage d'Andréas, la dernière victime de Kurtz qui découvre ses conditions de détention extrêmes et le deal que lui propose son tortionnaire. Les chapitres sont courts et s'enchainent à vitesse grand V! Petit bémol, j'ai trouvé l'écriture très moyenne (pourtant ils se sont mis à deux pour écrire), les auteurs se bornant à faire des phrases simples donnant un effet "liste de course" à certains passages qui auraient gagnés en noirceur en rallongeant les phrases et en densifiant les détails. Mais finalement, on finit par s'habituer et l'ensemble des éléments fournis s'imbriquant de façon parfaite, on ne perd rien à cause de ce défaut.

Après la lecture de ce livre, je voulais enchaîner sur tout autre chose. Malheureusement, la fin ne laisse aucune chance à l'heureux lecteur que je suis d'échapper à l'emprise de Kurtz et consorts. Comme ma mère m'a prêté les tomes 2 et 3, j'ai enchainé directement sur Stigmate, le volume 2 qui d'ors et déjà s'annonce aussi bon que celui-ci, mais vous le saurez bientôt dans une chronique à venir. En attendant, je ne peux que vous conseiller très fortement de tenter l'expérience même si elle s'avère extrême et éprouvante. Un excellent plaisir coupable de plus!