huitjoursdudiableL'histoire: Le monde ne s'est pas défait en un jour...
Yahvé Dieu créa le monde en six jours: le septième, il se reposa.
Il a fallu au Diable huit jours pour le détruire, ou le faire détruire. De l'engloutissement de la civilisation des Atlantes à l'apocalypse atomique, en passant par la damnation de Sodome et Gomorrhe et les diaboliques "miracles" du Moyen Age, à huit reprises le Diable a guidé la main de l'homme.
Par huit fois, le Diable s'est amusé à nos dépens.
Le jour de l'Atlantide.
Le jour de la grande colère.
Le jour du Diable.
Le jour de la Pentecôte.
Le jour des korrigans.
Le jour de la vengeance.
Le jour du mirage.
Et puis, le Diable vit que cela était mauvais.
Il y eut un soir, il y eut un matin:
le jour du dernier homme.

La critique de Mr K: Retour dans les eighties avec cette œuvre de Didier Convard datant de 1983. Parti d'un projet qu'on lui avait soumis sur les villes disparues, il l'a fusionné avec une réflexion plus vaste sur le tentateur, le malin, bref... le Diable!L'entrée en la matière est un texte de l'auteur d'une cinquantaine de lignes qui nous plonge dans le bain directement, pas de quartier, le Mal étant le Mal, on s'apprête à pénétrer dans 8 récits courts et abrupts mettant en scène directement ou symboliquement le seigneur des mouches et surtout, la plus manipulable des créatures: l'homme!

Le jour de L'Atlantide est une variation intéressante autour du mythe de ce continent englouti quelque part dans l'océan. L'auteur y introduit un élément SF en faisant de cette terre dorée l'enjeu de tractations inter-galactiques! Vous connaissez tous la fin mais l'approche originale de l'auteur fait mouche et ce premier récit est une réussite. Le jour de la grande colère reprend le même principe avec le mythe de Sodome et Gomorrhe. J'ai trouvé cette version un peu tirée par les cheveux et un peu bâclée... et surtout très très sage! Même dans la Bible, la damnation des deux cités de la perversion est plus rock and roll! Passons...

Le jour du Diable est plus classique avec la légende de la ville d'Is, de Gradlon, Dahut sa fille et le Diable en personne! Soyons clairs, ce n'est pas la meilleure version que j'ai eu entre les mains, Dahut est ratée (elle doit être ensorcelante, ici c'est une guerrière casquée type quartier du Marais à Paris) et franchement, autant lire la légende originelle ou la variation intéressante décrite dans la série des Druides. Je sais, je n'en sors pas en ce moment... Le jour de la Pentecôte rehausse d'un coup le niveau avec une variation bretonne (eh oui!) d'Aladin et la lampe merveilleuse avec un jeune garçon cherchant fortune dans une caverne merveilleuse. Malheureusement le tentateur guide ses pas et il finira par chuter! Bien mené, assez court, ce récit est une vraie réussite!

Le jour des korrigans est un ovni parmi tous les autres récits. Je n'ai pas vu le rapport avec la choucroute (pardon, le diable et les cités enfouies...). Reste un récit sympathique où des géants se prennent une raclée monumentale par des korrigans et rien que ça c'est un événement à ne pas louper; gentillet mais sympathique, j'ai beaucoup souri à sa lecture mais dans le bon sens du terme. Le jour de la vengeance est cette fois-ci une variation autour du mythe de Faust. Un seigneur cupide veut mettre la main sur les terres des moines du secteur, il fait appel à trois démons pour l'aider. Ils vont l'assister mais pas dans le sens qu'il croyait... Pas original pour un sou, ce récit se suit néanmoins avec plaisir jusqu'à ce que l'arroseur soit arrosé. 

Le jour du mirage a pour cadre l'Arabie mystérieuse. Un roi puissant s'aveugle à vouloir construire la cité de ses rêves. A force d'injustices et de cruauté, le rêve s'évanouira mais pas seul. Une belle réussite pour une belle réflexion sur le pouvoir et ses chimères. Le jour du dernier homme clôt ce recueil et de quelle manière! Un jeune homme à la mise moyen-âgeuse parti en quête d'on ne sait quoi va découvrir que l'humanité est quasiment éteinte suite à un holocauste nucléaire et que les chats ont muté pour prendre possession de la terre. Un récit tout bonnement génial: bon OK, j'adore les chats et ça nous change des singes!

Il y a donc de tout dans ce recueil et je pense que chacun y trouvera quelque chose qui le contentera. Certes, il n'est pas parfait, les dessins sont marqués par le temps mais pour les amateurs de BD vintage comme moi c'est tout bon! Les huit jours du Diable malgré des défauts est très attachante et trouvera une place de choix dans la bédéthèque du Capharnaüm Éclairé.