dimanche 29 mai 2011

"La trilogie des elfes" de Jean-Louis Fetjaine

trilogie_elfesL'histoire: Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes. Voici le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible.


La critique de Mr K: Quelle bonne lecture que celle-ci! Je n'ai pas mis longtemps à parcourir cette trilogie fort réussie qui mélange à merveille «légendes arthuriennes» et fantasy à la Tolkien. Abandonnez donc toute velléité historienne, c'est à un étrange voyage entre éléments historico-légendaires et éléments romanesques que nous convie l'auteur. Vous croiserez des figures célèbres comme Merlin, Uter, Morgane mais aussi trolls, gobelins, elfes et autres créatures imaginaires.

Une fois la lecture entamée, difficile d'en sortir tant on rentre directement dans le vif du sujet. C'est tout à l'honneur de Fetjaine, il ne perd pas de temps en scènes d'exposition et autres descriptions alambiquées, on plonge directement dans le récit et le cadre est posé très vite. On ne tombe pas pour autant dans le simple récit d'aventure, l'auteur se permettant par moment de s'attarder sur les mœurs des uns et des autres: le pacifisme froid des elfes, les rustres et besogneux nains aux fond de leur mines, la bêtise crasse des kobolds, l'ingénierie et l'ambition démesurée des hommes, les sombres desseins du maître des ténèbres...

En trois volumes, il s'en passe des choses! Le lecteur évolue constamment entre scènes de vie pastorales, amours contrariés, trahisons et complots, batailles dantesques, manipulations religieuses, disparitions d'espèces entières et menaces récurrentes. On s'attache très vite aux personnages et bien souvent les nerfs sont mis à l'épreuve face aux événements qui nous sont comptés. Certains de mes favoris meurent assez vite ou disparaissent, les malfaisants ont souvent le dernier mot (en premier lieu les hommes ce qui n'est pas étonnant) et les événements tournent en défaveur des formes de vie les plus pacifiques en faveur des ambitieux, des belliqueux et des industrieux (recul de la nature face à l'industrie et au développement).

Je ne crie pas au génie pour autant car il n'y a rien de véritablement original dans tout cela pour quiconque pratique un tant soit peu l'heroic fantasy (thèmes abordés, personnages-type). Cependant Fetjaine tire son épingle du jeu par son écriture simple, accessible ne cédant jamais pour autant à la facilité et sa capacité à maintenir le suspens. Dans ces conditions, les pages défilent devant nos yeux sans vraiment qu'on s'en rende compte. J'ai passé de très agréables moments en compagnie de la magnifique reine des elfes et de tous les autres personnages de ce roman. À lire absolument si on est amateur.

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samedi 28 mai 2011

"Saga" de Tonino Benacquista

sagaL'histoire: Nous étions quatre: Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d'amour, et moi, Marco, j'aurais fait n'importe quoi (mais n'importe quoi!) pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. "Saga", c'était le titre.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Benacquista il y a plusieurs années avec "La boîte noire et autres nouvelles" qu'un ami m'avait prêté. Séduite par le style de l'auteur je m'étais toujours dit que je poursuivrai dans la lecture de son oeuvre mais le temps a passé... En tombant sur "Saga" (non je ne me suis pas fait mal...), la quatrième de couverture m'a plu et c'était le moment de retenter l'expérience.

Quel bonheur que la lecture de"Saga"! Je conseille vivement ce roman à qui aime rire jaune et aux esprits critiques sur la société qui nous entoure. Benacquista met les pieds dans le plat avec talent et ce roman est surprenant.

Par le biais de situations délirantes, l'auteur nous met sous le nez notre quotidien télévisuel à vomir. Les quatres protagonistes de cette histoire sont des loosers de l'écriture. Il se sont fait spolier, plagier, sont restés dans l'ombre de nombreuses années mais sont des plus talentueux. Avec la liberté que leur offre la diffusion de leur saga à 4 heures du matin, ils s'autorisent un ton décalé et des aventures loufdingues. Alors que personne ne pouvait s'y attendre, ce "Plus belle la vie" sous acide va envoûter les insomniaques et gravir peu à peu les échelles de la programmation, jusqu'à se retrouver en prime-time. "Saga" prend alors une place importante dans la vie des téléspectateurs et avec elle, les auteurs tiennent leur revanche. Pourquoi ne pas en profiter pour faire sauter le système et ouvrir les yeux à cette masse de cerveaux disponibles?

Terriblement d'actualité et en même temps très drôle, Benacquista nous montre qu'il ne faut pas tout avaler, même si c'est "vu à la TV" (surtout si c'est "vu à la TV"!), et que les plus forts ne sont pas forcément ceux qu'on croit. D'une justesse et d'une plume endiablée, cet écrit devrait être inscrit dans les programmes scolaires! A lire d'urgence!

Posté par Nelfe à 17:04 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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mercredi 25 mai 2011

"The tree of life" de Terrence Malick

affiche_the_tree_of_lifeL'histoire: Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

La critique Nelfesque: Hum... Je trouve le résumé ci dessus bien loin de la réalité de ce film et très réducteur. Terrence Malick plus que nous présenter la vie d'une famille ordinaire des années 50-60, part dans un trip mystique peuplé d'images colorées et graphiques qui est assez déroutant pour le spectateur.

Nous avions prévu de voir ce film au cinéma bien avant qu'il remporte la Palme d'Or à Cannes. Divisant les critiques sur la croisette, j'avais décidé de ne pas trop lire d'articles sur le film pour ne pas être parasitée d'informations une fois dans la salle. Le début m'a quelque peu surprise. En effet, une succession d'images "documentaires" sur la vie, des origines de l'univers à notre quotidien d'homme, passant de l'échelle microscopique à l'échelle cosmique, accompagnée de réflexions mystiques au compte goutte  m'a quelque peu ennuyé... Ces images sont certes magnifiques mais cette première partie de presque 30 minutes n'est à mon sens pas du cinéma. Je verrai plus sa place dans un musée d'art contemporain... Certains critiques y voit même une promotion sectaire. Je n'irai quand même pas jusque là.

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Avec le suite du film, on rentre plus dans l'intimité de la famille et à partir de là, j'ai commencé à accrocher à ce long métrage. L'enfance du personnage principal est passée en accéléré, basée sur les sensations, jusqu'à en arriver à une époque charnière de sa vie: sa pré-adolescence et avec elle l'emergence de son sens critique et le développement de sa personnalité.

Ce film ne plaira pas à tout le monde et il faut être assez "aware" pour apprécier le délire de Terrence Malick. Superbement filmé, le spectateur passe par tous les sentiments par l'image et les dialogues sont presque superflus.

Depuis notre séance ciné, j'ai lu des commentaires de critiques et spectateurs outrés par l'autorité du père de famille, allant même jusqu'à assimiler son comportement à de la maltraitance. Les mentalités ont évolué depuis cette époque et les méthodes d'éducation avec mais il ne faut pas oublier que dans les années 50, les pères font figure d'autorité dans la famille et les enfants sont élevés à la dure. Pour ce père, joué par Brad Pitt, l'homme doit être droit et solide, il élève donc ses enfants en conséquence, réfreinant ses élans d'amour pour eux.

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Au final, je ne sais pas quoi penser de ce film. D'un côté époustouflée par la beauté des images,  par la musique qui va à merveille avec l'ensemble et par la photographie mais en même temps déroutée par le chemin peu conventionnel qu'a emprunté le réalisateur. Je ne pense pas le revoir un jour d'autant plus qu'il faut vraiment voir ce film au cinéma, dans une bulle silencieuse, pour l'apprécier et le comprendre. A tenter donc pour les curieux tout en gardant à l'esprit qu'on est loin de ce que le cinéma nous propose d'ordinaire.

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La critique de Mr K: 6/6. Choisis ton camp camarade! Avis divergents aujourd'hui au Capharnaüm éclairé même si nous nous rejoignons sur beaucoup de points. J'ai adoré ce film, il m'a nourri et pénétré à la manière d'un bon Kubrick, il m'a fait me poser des questions et m'a épaté au niveau de la technique et de l'esthétique. Qui dit film hors norme dit forcément divisions et c'est tant mieux. Je crois que devant ce type de métrage, chacun peut y trouver ce qu'il veut et l'expérience est vraiment saisissante.

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Comme l'a précisé Nelfe avant moi, le scénario ne correspond pas vraiment au contenu même. Certes, l'on suit une famille lambda et plus précisément les rapports complexes entre un père (très bon Brad Pitt) et son aîné (Sean Penn et son double pré-adolescent sont d'une justesse émouvante). Mais Malick transcende son sujet en l'ouvrant vers une certaine universalité. Poétiques et métaphysiques, les images relatant les commencements du Monde se suivent, hypnotisant le spectateur et le menant vers des sommets insoupçonnés: franchement le mot trip (voyage) n'a jamais aussi bien convenu, on flotte en plein New Age, tendance Mick Oldfield de la grande époque: aux images font écho de simples paroles teintées de spiritisme. J'ai aimé mais il faut avoir les neurones bien accrochés pour suivre ce passage hautement perché, beaucoup d'ailleurs ont été rebutés.

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Ce film est littéralement habité par la nature. Le contraste est fort entre le Sean Penn adulte travaillant dans un Central Business District américain et ses souvenirs d'enfant puis d'adolescent se déroulant dans une petite ville de campagne. On suit la construction du gamin depuis sa naissance (des sensations étranges, des expériences de jeux, des moments de tendresse, des chamailleries avec ses frères...) jusqu'à l'âge fatal où la maturité commence à pointer le bout de son nez. La figure paternelle étant ce qu'elle était à l'époque, les relations sont tendues entre le père et le fils. Mélange de rudesse et d'amour paternel caché derrière son personnage de père sévère, Bratt Pitt excèle et le jeune comédien qui lui renvoie la balle est au diapason. Toutes ces scènes de vie sont entrecoupées de plus ou moins longues séquences où les arbres sont omniprésents et rassurants (les gamins qui jouent aux singes dans les branches, cadrage de la canopée en contre-plongée...). Plus qu'une histoire, l'auteur nous fait partager une certaine vision de la vie, de la mort et de l'homme. La scène qui clôture le film est superbe, tous les éléments s'imbriquent et mènent à une conclusion magistrale. Je vous rassure, rien de forcément religieux, que l'on soit croyant ou pas (et c'est mon cas), le message est universel.

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Malick oblige, la technique est une fois de plus parfaite et toujours au service du film et non pour l'épate. Les images sont superbes, les mouvements de caméra souples et parfois déroutants: il cadre à l'envers les ombres des trois frères jouant au ballon sur la route bitûmée, effet garanti! La musique accompagne merveilleusement bien l'ensemble, jamais envahissante, ménageant les émotions tout en les réhaussant, on navigue dans le répertoire classique (Kubrick, je vous dis!).

Une sacré expérience en tout cas! Si vous avez aimé 2001, l'odyssée de l'espace, Solaris (l'original) ou encore Blue Berry (pour la partie "expérimentale"), courez-y! Ce film est pour vous! Pour les autres, c'est peut être le moment de tenter cette plongée ahurissante au profond de l'âme et de la condition humaine.


The Tree of Life (VOSTFR) - Bande-annonce HD

mardi 24 mai 2011

"Les jolies choses" de Virginie Despentes

lesjolieschosesL'histoire: Il y a eu ce jour-là: il l'a ramenée devant sa porte et, assis sur le capot de sa caisse, s'est mis à lui dire des blagues. Claudine est arrivée, elle lui a fait son numéro. Et quand elle s'est éloignée, Seb a juste décrété: «Elle est drôlement jolie ta soeur. Mais elle n'a pas ce que t'as».

Pauline et Claudine sont soeurs jumelles, et pourtant tout les sépare. La première, rebelle et fidèle, refuse le compromis. La seconde, fonceuse et paumée, aime séduire et plaire. Mais quand cette dernière se suicide, Pauline prend sa place et bascule dans un monde factice et frelaté.

La critique de Mr K: Voilà un Despentes fort réussi qui m'avait pour le moment échappé. Je suis tombé dessus par hasard dans une brocante à Périgueux, il me tendait ses petits bras, je n'ai pas pu résister, je l'ai adopté! Je l'ai lu en une nuit tant je n'ai pas pu le lâcher, happé que j'ai été par cette histoire.

Le postulat est simple: deux soeurs jumelles bien différentes, l'une se suicide et l'autre prend sa place usurpant son identité et peu à peu sa vie... et quelle vie! On rentre avec Pauline dans l'intimité et l'existence de Claudine, être thrash par excellence qui côtoie des gens peu recommandables. Le milieu de la musique y est décrit de façon non complaisante: le fric mène la danse et pour y arriver la position horizontale est assez prisée des patrons de labels surtout si la jeune fille est attirante. Quelques passages dans certaines party très jet-set dévoilent aussi ce qu'il y a derrière le rideau de strass et de paillettes, un monde de manipulation, de rencontre et de drogue. A l'heure où certains «people» et médias banalisent des objets comme une «sex-tape», Virginie Despentes décrit ici sans pudeur le contenu de l'une d'entre elle « tournée» par la sœur disparue et les conséquences qu'une telle vidéo peut avoir sur un individu et son image (à 10 000 lieues des âneries que l'on peut lire ou voir sur le sujet). Assez effrayant par moment, très crû aussi, on a bien affaire à un Virginie D. pur jus!

Ce que j'ai préféré et qui est admirablement bien rendu dans cet ouvrage, c'est l'effet de mimétisme qui s'opère entre la sœur vivante et le souvenir de cette sœur haïe. Car c'est une histoire de haine et de répulsion qui peu à peu se transforme en une sorte de fascination, d'auto-destruction à laquelle on assiste impuissant et qui provoque irrémédiablement une boule à l'estomac. Entre flashback sur leur enfance difficile (relations troubles entre elles, père autoritaire et mère démissionnaire) et le présent, peu à peu l'auteur cerne de plus en plus ses personnages qui en deviennent profonds, humains et finalement attachants. On comprend au fur et à mesure où Despentes veut nous emmener. A cet égard, le procédé littéraire que l'on retrouve au tout début et à la toute fin est un modèle du genre et rend compte de l'absurdité de l'existence humaine sans pathos et autres lourdeurs. On peut signaler aussi que, Despentes oblige, ce roman est un vecteur pour l'auteur afin d'exprimer son ressentiment et sa profonde méfiance envers les hommes qui s'avèrent être tous soit des pervers, soit des faibles, soit des manipulateurs. On est souvent plus dans la caricature que dans la peinture réaliste mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette auteur que j'affectionne tout particulièrement.

Pour ceux qui suivent notre blog, vous savez que Despentes est une de mes auteurs fétiches. Ce livre ne me fera pas changer d'avis tant j'ai pris du plaisir à le dévorer entre fascination-répulsion et le bonheur de retrouver l'écriture si directe et fraîche de l'auteur. Un p'tit plaisir bien déviant dont il serait dommage de se priver! A bon entendeur...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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vendredi 20 mai 2011

"Passer l'hiver" d'Olivier Adam

passer_lhiverL'histoire: Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus.

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que je voulais lire une œuvre d’Olivier Adam. J’en ai entendu le plus grand bien et j’ai vu la magnifique adaptation cinématographique de "Je vais bien ne t’en fais pas". Bien que je ne sois pas vraiment "nouvelles", lorsque ce recueil s’est présenté sous mes yeux j’ai vu là l’occasion de tenter l’expérience.

"Passer l’hiver" est un recueil de 9 nouvelles ayant toutes comme point commun la saison hivernale, le froid et la solitude. Olivier Adam n’est pas un marrant. Mieux vaut avoir le moral au beau fixe lorsque l’on entame une de ses œuvres. Ici le quotidien est semé de doutes, de blessures, de trahison et de mal de vivre. Ici, les personnages ne sont pas des plus heureux. Ils mènent leur vie bon grè mal grè, au fond comme nous tous. Olivier Adam sait faire de ses personnages des Mr et Mme Tout-le-monde. Antoine, Claire, Martine, Anna, Lucas, … on pourrait tous être ces personnages avec nos vies faites de petits bonheurs et de moments de tristesse.

Avec ces nouvelles écrites à la première personne, Olivier Adam sait toucher l’homme ordinaire au plus profond de nous, celui qui pleure et sourit, celui qui aime et se résigne, celui qui a peur de la mort et pourtant qui vit. Une œuvre sensible qui nous émeut.

"Et dire
que nous n’aurons même pas
passé l’hiver."
Dominique A

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mercredi 18 mai 2011

"Du hachis à Parmentier" série Le Poulpe, Michel Cardoze

hachisL'histoire: Gabriel exilé dans un meublé au métro Parmentier est réveillé en pleine nuit par le cauchemar de son voisin Fardido. De son discours désarticulé, Gabriel retient «une femme nue remisée dans un frigo de la boucherie» du quartier. En allant y voir de plus près, notre Poulpe va tomber sur une drôle de secte, les Jardiniers de l'âme, qui cultive l'harmonisation du corps et de l'esprit à la sauce végétarienne... Mais alors que vient faire notre boucher dans cette affaire? Qui sont les frères Ménandre mêlés à de bien obscurs trafics? Et pourquoi la kiosquière de Parmentier-Surface est-elle saignée sur ses piles de journaux invendus?

Un sacré gâchis à Parmentier en perspective!

La critique de Mr K: «Un petit Poulpe ça ne se refuse pas» me suis-dis en préparant les quelques livres que j'emportais avec moi pour nos vacances en Dordogne. Je jetais mon dévolu sur celui écrit par Michel Cardoze. Grosse surprise, on ne retouve pas Gabriel dans son bistrot préféré, le désormais mythique Au Pied de Porc mais dans un café faisant l'angle à la sortie de métro Parmentier, quartier qui sera le théâtre des aventures du Poulpe. Cette fois ci, il va se retrouver confronter à une secte de végétariens amateurs d'UV et de dialogues cosmiques (on y croise un erstaz de Skippy le Grand Gourou du sketch des Inconnus), un réseau de trafiquants fort bien implanté y compris dans les hautes sphères politiques (sic), des personnages hauts en couleurs: une tenancière de bar limite nymphomane, des déménageurs de corps spécialisés dans le tapis, des babos retirés dans la montagne, un politique véreux de belle envergure et bien d'autres.

Cela devient une habitude dans cette série: ce livre se lit vite et facilement. L'écriture bien que simple est exigente et ne prend pas le lecteur pour un imbécile avec notamment moultes références à l'histoire disséminée ici ou là (La Commune et la répression des début de la IIIème République notamment) et comme toujours on trouve des descriptions plus vraies que nature du microcosme parisien. On retrouve le penchant gauche-libertaire du héros notamment quand il va dans les Alpes retrouver sa «famille», des originaux babos vivant chichement dans les montagnes en mode auto-gestion. Une fois de plus, le Poulpe se retrouve aux prises avec d'affreux jojos d'extrême droite et autres réactionnaires (ici des espèces de milices de quartier qui veulent nettoyer eux-même leur "territoire"). Les coups pleuvent, les bonnes formules aussi! N'oublions pas cette chère Chéryl encore présente dans ce volume avec qui notre héros va essayer de nouvelles positions aussi étranges qu'hilarantes et qui le couvrira au moment opportun en associée dévouée et indéfectible qu'elle reste (Un sacré p'tit bout de femme cette coiffeuse).

Un très bon moment que j'ai passé une fois de plus en compagnie du Poulpe alias Gabriel Lecouvreur. Une petite aventure bien sympathique que je vous conseille vivement.

Aussi chroniqués au Capharnaüm Éclairé: Nazis dans le métro et J'irai faire Kafka sur vos tombes.

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mardi 17 mai 2011

Manoeuvres politiciennes

dsk

Dessin de Bar tiré de son blog.

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dimanche 15 mai 2011

"Lord of the ringards" d'Henry N. Beard et Douglas C. Kenney

livres_lord_of_the_ringardsL'histoire: Une quête, une guerre, un anneau dont même Wagner ne veut plus entendre parler, un roi sans royaume, un petit héros poilu nommé Fripon prêt – enfin, peut-être un peu forcé par le magicien Grandpaf – à s'embarquer dans une mission unique afin de sauver les Paires du Milieu de l'asservissement par le maléfique Salkon... Tels sont les premiers éléments du plus déjanté de tous les voyages en fantasy qu'aucun être ait jamais entrepris.

La critique de Mr K: Fruit d'un troc, j'ai lu ce volume en quelques heures. Grand amateur du Seigneur des anneaux de Tolkien (une de mes premières lectures), je me suis gondolé pendant toute ma lecture tant Lord of the ringards a été écrit par des amoureux peu révérencieux de l'œuvre originelle. On retrouve la trame générale mais totalement travestie par l'esprit potache des deux auteurs. Ainsi, au début du livre, on retrouve la fameuse carte du monde de La Terre du Milieu qui devient Les Paires du Milieu (sic)... apparaissent ainsi des nomenclatures délirantes comme les régions de Mordom, Tournéobar, Constip (très classe!), Rotan, Les Monts Kiskool, Le Pays des crétins qui marchent à genoux, Les Monts Crémeux... J'en passe tellement il y en a.

Fini les hobbits qui sont remplacés par les Grossbits aussi morfales que les goélands bretons, adeptes des plaisirs simples et salissants (bouffe, bière, vomi, etc...). Gandalf devient Grandpaf magicien raté qui fait apparaître lapins et carrés d'as dans ses manches, Grand-Pas alias Aragorn devient Glande-Pas, héritier du trône aussi maladroit que débile, Sauron devient Salkon, les Nazgûls deviennent les Nazbroks, Gollum se mute en Golmon etc... On est dans le pastiche pur jus tendance Melbrooks et sa "Folle histoire de l'espace". Sûr, c'est pas finaud mais ça fonctionne et on rigole sans discontinuer.

Petit exemple, voici la transposition rigolote correspondant à la révélation faite à Frodon par Gandalf concernant le danger que coure le monde:
[...] La peur envahira bientôt nos terres, sous l'impulsion du terrible Salkon.
- Salkon! S'écria Fripon. Mais il est mort.
- Ne crois pas tout ce que racontent les hérauts, dit gravement Grandpaf. On pensait que Salkon avait été définitivement détruit lors de la bataille de Thamponjex, mais il semblerait qu'on ait pris nos désirs pour des réalités. En fait, lui et ses Neuf Nazbroks se sont échappés, astucieusement déguisés en danseurs acrobatiques gitans. Fuyant par les marais de Golio, ils ont poussé jusqu'à la périphérie du Mordom, où le prix des terrains a chuté comme un faucon paraplégique. Depuis, c'est là qu'ils reconstituent leurs forces.

C'est du même acabit sur plus de 200 pages. Contrairement à ce que j'ai pu lire sur certains compte-rendus de lecture ce n'est pas trop court. Je pense qu'on pourrait se lasser de tout cet étalage délirant. Le format et la longueur sont parfaits pour ce genre de littérature (comment ne pas penser au génial Terry Pratchett voir ici et ). Au détour de quelques pages, on croise même Alice et le lapin blanc, Boucle d'or, le cousin Machin, le père Noël et beaucoup d'autres. Vous saliverez devant des Grouïk-Grouïk Burgers, des Ouah-Ouah Deluxe, les cotelettes de veau panées et commanderez des Orca-Cola. Un ersatz de Tom Bombadillon vous proposera des acides, un agent de péage demandera son dû aux pires créatures de cauchemar, une elfe vierge essaiera de dérober votre anneau en jouant de ses charmes, vous prierez Groupama la déesse elfique des Prêts à Court Terme, vous lirez Les dragons et basilics pour les nuls... tout ici est prétexte à parodies et blagues. Un grand moment de n'importe quoi en quelque sorte!

Bien que profondément ridicule, l'aventure de Fripon et de sa compagnie ne manque pas de panache. On ne compte plus les rebondissements abracadabrantesques, l'écriture très agréable et imagée sert à merveille le genre tout en lui donnant ses lettres de noblesse (le pastiche est généralement sous-estimé). Une bien bonne et rustique lecture qui a détendu les zygomatiques de l'adepte de Tolkien que je suis. Loin d'être du domaine du blasphème (je pense aux fans-intégristes de Tolkien -si si ça existe!-), j'y ai vu une sorte d'hommage bien déjanté! Et puis, contrairement à Peter Jackson dans sa bonne adaptation cinématographique, les auteurs n'ont pas oublié Tom Bombadillon le transformant ici en baba cool des bois (j'en avais rêvé, ils l'ont fait!). Une lecture que je conseille très fortement tant on passe un bon moment au milieu de tous ces zouaves.

Je ne résiste pas à vous livrer un dernier extrait correspondant à l'ouverture des portes noires du Mordor (ici Mordom):
Des drapeaux noirs furent hissés sur les tours noires, et la porte s'ouvrit comme une paire de mâchoires en colère. Elle se mit à dégueuler ses renvois maléfiques. En sortit une armée comme on n'en avait jamais vu.. Des portes surgissaient cent mille Porks enragés qui faisaient tournoyer des chaînes de vélo et des crics, suivis de divisions dégoulinantes de mutants aux yeux exorbités, de zombies débiles, et de loups-garous mal lunés. A leurs côtés marchaient huit vingtaines de griffons fortement armés, trois mille momies marchant au pas de l'oie, et une colonne d'abominables yétis montés sur des motoneiges. Sur leurs flancs martelaient six compagnies de goules écumantes, quatre-vingts vampires desséchés munis de cravates blanches, et le Fantôme de l'Opéra. Au-dessus, le ciel était noir des formes noires de pélicans malveillants, de mouches domestiques de la taille de deux garages, et d'un Golgoth. Un flot d'ennemis aux formes et descriptions diverses coulait encore par le portail, y compris un diplodocus à six pattes, le Monstre du Loch Ness, King Kong, Godzilla, l'Etrange Créature du Lac Noir, le monstre aux 1 000 000 yeux, le Cerveau de la Planète Arous, trois espèces différentes d'insectes géantes, la Chose, Ca, la Femme de Cinquante Pieds et les Profanateurs de Sépultures. Le grand tumulte de leur charge aurait pu réveiller les morts s'ils n'avaient pas déjà formé l'arrière-garde.

Un must, je vous le dis!

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samedi 14 mai 2011

Rock and roll antique

Le Capharnaüm éclairé ne répondra pas aujourd'hui à la question de savoir si Elvis est réellement mort... par contre sa véritable date de naissance est peut-être à revoir!

Elvis_romain

Cette statue romaine date du 2e siècle après Jésus-Christ. Elle a été découverte en Égypte. C’est un ornement qui était disposé à l’angle d’un sarcophage. La ressemblance est assez frappante avec Elvis Presley...

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vendredi 13 mai 2011

"Je ne suis pas un serial killer" de Dan Wells

serialkillerL'histoire: John Wayne Cleaver est un jeune homme potentiellement dangereux. Très dangereux. Jugez-en plutôt: garçon renfermé, pour ne pas dire sociopathe, il vit au milieu des cadavres à la morgue locale, tenue par sa mère et sa tante, il a une certaine tendance à tuer les animaux et, depuis son plus jeune âge, il nourrit une véritable passion pour les tueurs en série. Ainsi, son destin semble tout tracé.
Mais conscient de son cas, et pas spécialement excité à l’idée de devenir un serial killer, John a décidé d’en parler à un psy et de respecter quelques règles très précises. Ne nourrir que des pensées positives à l’égard de ses contemporains. Ne pas s’approcher des animaux. Éviter les scènes de crime. Ce dernier commandement va néanmoins devenir très difficile à suivre lorsqu’on retrouve autour de chez lui plusieurs corps atrocement mutilés. Y aurait-il plus dangereux encore que John dans cette petite ville tranquille? Aurait-il enfin trouvé un adversaire à sa taille?

La critique Nelfesque: Un nouveau roman chez Sonatine, un nouveau thriller à lire! C’est avec empressement que je me suis jetée sur cet ouvrage et c’est avec une petite moue aux lèvres que je l’ai refermé.

L’idée de départ est excellente. John est un jeune ado de 15 ans, sociopathe et passionné par les serial killers, il a conscience d’être une bombe à retardement. Sa mère tient un laboratoire de thanatopraxie où elle officie avec sa soeur et sa fille. Depuis tout jeune, John a cotoyé la mort et les macchabées. A la "Six feet under", dans ces pompes funèbres, on travaille en famille. Avec sa mère, sa tante Margaret et sa soeur Lauren, John aide à l’embaumement des corps des défunts. Une activité loin d’être passionnante et tentante pour le commun des mortels mais dont John a besoin pour canaliser ses pulsions et avoir un rapport sain à la mort.

Car John sait qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour tomber du côté obscur de la force… Lors de ses nombreux entretiens chez son psy, le docteur Neblin, il exprime son obsession pour les tueurs en série, sa fascination pour leurs modes opératoires et les règles qu'il a mis en place telles des barrières pour contenir le monstre qui est en lui et ne demande qu’à tuer. Sans sentiments, il vit avec la crainte de tuer un jour ou l’autre et du haut de ses 15 ans, il tente d’éloigner ce moment le plus possible.

Lorsqu’un corps est découvert dans sa petite ville des Etats-Unis, éviscéré et dévoré, John est aux anges. Il tient là l’occasion rêvée de vivre en direct le parcours d’un serial killer, là dans sa ville natale. Lui qui n’a pas d’amis et a eu tant de soucis jusqu’à présent avec ses camarades de classe et ses professeurs en proposant des exposés morbides en cours et en tenant des conversations déviantes dans la cours de récréation, va pouvoir s’en donner à cœur joie avec Mr Neblin! Il va traquer le tueur, le démasquer, lui tendre un piège… Tout en se battant contre ses propres démons, il doit savoir qui agit et doit le stopper. Plusieurs meurtres se succèdent, les corps sont amenés au labo de sa mère et John est au cœur du cyclone.

Le fond est très prenant, la psychologie du gamin et ses rapports avec ses semblables m’ont vraiment accrochée. Dan Wells dépeint avec humour (souvent noir) et esprit décalé le quotidien d'un jeune psychopathe en puissance. L'histoire de "Je ne suis pas un serial killer" est originale et on ne peut pas dire que ce soit un énième thriller jouant avec les codes habituels. Là où j’ai été moins convaincue c’est sur la nature même du tueur. Je n’en dirai pas plus ici pour ne pas spoiler mais j’aime quand les thrillers restent dans le réel, quand les évènements sont plausibles. Là nous sommes en plein fantastique et ce n’est pas ce que je recherche quand je lis ce genre de littérature. Petit point négatif donc dans un ensemble qui mérite d’être découvert. D'autant plus que l'on ne va pas en rester là puisqu'il y a deux autres romans à venir.

Posté par Nelfe à 18:39 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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