livres_lord_of_the_ringardsL'histoire: Une quête, une guerre, un anneau dont même Wagner ne veut plus entendre parler, un roi sans royaume, un petit héros poilu nommé Fripon prêt – enfin, peut-être un peu forcé par le magicien Grandpaf – à s'embarquer dans une mission unique afin de sauver les Paires du Milieu de l'asservissement par le maléfique Salkon... Tels sont les premiers éléments du plus déjanté de tous les voyages en fantasy qu'aucun être ait jamais entrepris.

La critique de Mr K: Fruit d'un troc, j'ai lu ce volume en quelques heures. Grand amateur du Seigneur des anneaux de Tolkien (une de mes premières lectures), je me suis gondolé pendant toute ma lecture tant Lord of the ringards a été écrit par des amoureux peu révérencieux de l'œuvre originelle. On retrouve la trame générale mais totalement travestie par l'esprit potache des deux auteurs. Ainsi, au début du livre, on retrouve la fameuse carte du monde de La Terre du Milieu qui devient Les Paires du Milieu (sic)... apparaissent ainsi des nomenclatures délirantes comme les régions de Mordom, Tournéobar, Constip (très classe!), Rotan, Les Monts Kiskool, Le Pays des crétins qui marchent à genoux, Les Monts Crémeux... J'en passe tellement il y en a.

Fini les hobbits qui sont remplacés par les Grossbits aussi morfales que les goélands bretons, adeptes des plaisirs simples et salissants (bouffe, bière, vomi, etc...). Gandalf devient Grandpaf magicien raté qui fait apparaître lapins et carrés d'as dans ses manches, Grand-Pas alias Aragorn devient Glande-Pas, héritier du trône aussi maladroit que débile, Sauron devient Salkon, les Nazgûls deviennent les Nazbroks, Gollum se mute en Golmon etc... On est dans le pastiche pur jus tendance Melbrooks et sa "Folle histoire de l'espace". Sûr, c'est pas finaud mais ça fonctionne et on rigole sans discontinuer.

Petit exemple, voici la transposition rigolote correspondant à la révélation faite à Frodon par Gandalf concernant le danger que coure le monde:
[...] La peur envahira bientôt nos terres, sous l'impulsion du terrible Salkon.
- Salkon! S'écria Fripon. Mais il est mort.
- Ne crois pas tout ce que racontent les hérauts, dit gravement Grandpaf. On pensait que Salkon avait été définitivement détruit lors de la bataille de Thamponjex, mais il semblerait qu'on ait pris nos désirs pour des réalités. En fait, lui et ses Neuf Nazbroks se sont échappés, astucieusement déguisés en danseurs acrobatiques gitans. Fuyant par les marais de Golio, ils ont poussé jusqu'à la périphérie du Mordom, où le prix des terrains a chuté comme un faucon paraplégique. Depuis, c'est là qu'ils reconstituent leurs forces.

C'est du même acabit sur plus de 200 pages. Contrairement à ce que j'ai pu lire sur certains compte-rendus de lecture ce n'est pas trop court. Je pense qu'on pourrait se lasser de tout cet étalage délirant. Le format et la longueur sont parfaits pour ce genre de littérature (comment ne pas penser au génial Terry Pratchett voir ici et ). Au détour de quelques pages, on croise même Alice et le lapin blanc, Boucle d'or, le cousin Machin, le père Noël et beaucoup d'autres. Vous saliverez devant des Grouïk-Grouïk Burgers, des Ouah-Ouah Deluxe, les cotelettes de veau panées et commanderez des Orca-Cola. Un ersatz de Tom Bombadillon vous proposera des acides, un agent de péage demandera son dû aux pires créatures de cauchemar, une elfe vierge essaiera de dérober votre anneau en jouant de ses charmes, vous prierez Groupama la déesse elfique des Prêts à Court Terme, vous lirez Les dragons et basilics pour les nuls... tout ici est prétexte à parodies et blagues. Un grand moment de n'importe quoi en quelque sorte!

Bien que profondément ridicule, l'aventure de Fripon et de sa compagnie ne manque pas de panache. On ne compte plus les rebondissements abracadabrantesques, l'écriture très agréable et imagée sert à merveille le genre tout en lui donnant ses lettres de noblesse (le pastiche est généralement sous-estimé). Une bien bonne et rustique lecture qui a détendu les zygomatiques de l'adepte de Tolkien que je suis. Loin d'être du domaine du blasphème (je pense aux fans-intégristes de Tolkien -si si ça existe!-), j'y ai vu une sorte d'hommage bien déjanté! Et puis, contrairement à Peter Jackson dans sa bonne adaptation cinématographique, les auteurs n'ont pas oublié Tom Bombadillon le transformant ici en baba cool des bois (j'en avais rêvé, ils l'ont fait!). Une lecture que je conseille très fortement tant on passe un bon moment au milieu de tous ces zouaves.

Je ne résiste pas à vous livrer un dernier extrait correspondant à l'ouverture des portes noires du Mordor (ici Mordom):
Des drapeaux noirs furent hissés sur les tours noires, et la porte s'ouvrit comme une paire de mâchoires en colère. Elle se mit à dégueuler ses renvois maléfiques. En sortit une armée comme on n'en avait jamais vu.. Des portes surgissaient cent mille Porks enragés qui faisaient tournoyer des chaînes de vélo et des crics, suivis de divisions dégoulinantes de mutants aux yeux exorbités, de zombies débiles, et de loups-garous mal lunés. A leurs côtés marchaient huit vingtaines de griffons fortement armés, trois mille momies marchant au pas de l'oie, et une colonne d'abominables yétis montés sur des motoneiges. Sur leurs flancs martelaient six compagnies de goules écumantes, quatre-vingts vampires desséchés munis de cravates blanches, et le Fantôme de l'Opéra. Au-dessus, le ciel était noir des formes noires de pélicans malveillants, de mouches domestiques de la taille de deux garages, et d'un Golgoth. Un flot d'ennemis aux formes et descriptions diverses coulait encore par le portail, y compris un diplodocus à six pattes, le Monstre du Loch Ness, King Kong, Godzilla, l'Etrange Créature du Lac Noir, le monstre aux 1 000 000 yeux, le Cerveau de la Planète Arous, trois espèces différentes d'insectes géantes, la Chose, Ca, la Femme de Cinquante Pieds et les Profanateurs de Sépultures. Le grand tumulte de leur charge aurait pu réveiller les morts s'ils n'avaient pas déjà formé l'arrière-garde.

Un must, je vous le dis!