untitledL'histoire: Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui avait tracés et qu'il avait crus jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

La critique de Mr K: Ce livre trainait depuis un certain temps dans ma PAL. Je ne sais pas pourquoi mon coeur ne balançait pas vers lui alors qu'étant plus jeune j'avais adoré Les contes du chat perché dont mes parents m'avait conseillé la lecture. J'ai retrouvé le même plaisir de lecture avec La Vouivre que j'ai lu en trois séances intensives!

Ce conte (et oui!), c'est avant tout la rencontre lors du premier chapitre entre Arsène simple paysan et la Vouivre être pluri-millénaire, haute figure du folklore jurassien. C'est l'histoire d'une fascination, d'une attirance mais aussi par moment d'une répulsion. Drôles de rapports en tout cas entre les deux personnages principaux de l'ouvrage qui sont à l'opposé l'un de l'autre: le mortel et l'immortelle, le frustre et l'être évolué omniscient, le colérique et la douceur... Autant d'éléments de contraste qui brouillent les pistes et empêchent le lecteur de se sentir entraîner dans une histoire déjà lue.

Ce livre est aussi une magnifique étude sociologique sur le monde paysan au début du XXème siècle, le côté chiant en moins! À côté de l'intrigue principale (à savoir la présence de la Vouivre dans les parages), se superpose l'opposition qui existe entre deux familles d'agriculteurs . Voisins depuis des générations, ils sont en bisbilles pour des broutilles et se tirent dans les pattes à longueur de temps: injures, petits pièges, actes de vengeance mesquins... Le frère d'Arsène marchant dans son ombre pour ne pas avoir à l'affronter, le curé de bon conseil, Juliette la fille de la famille rivale de son aimé, l'homme à tout faire de la métairie qui se fait vieux et à qui on va offrir son logis en une nuit (passage très intéressant)... autant de destins qui s'entremèlent, donnent du corps à l'intrigue et nous offrent une vision réaliste et vivante d'un petit village de jadis. Quant à la fin, elle ne cède pas à la facilité et se révèle implacable.

L'écriture de Marcel Aymé reste toujours aussi moderne et agréable à lire: jamais de lourdeurs, des descriptions qui vont à l'essentiel et un sens de la narration hors-pair. Difficile dans ses conditions de lâcher le volume avant d'en avoir parcouru la dernière ligne. Un classique dont j'encourage fortement la lecture.