pauvres_zh_rosL'histoire: C'était dans les années 80. Un jour de la fin du mois de juin, Pierre Pelot rend visite à son épouse et à son fils né de la veille, dans une chambre de la maternité du village voisin. La maternité faisait partie d'un complexe groupant un hôpital de vieillards, une sorte d'asile, et un orphelinat. Les appels venus du dehors parvenaient jusqu'à la chambre. Ils montaient du cachot sous la chapelle de l'établissement. Un soupirail. Une fenêtre au ras du sol et les deux mains d'un enfant agrippées aux barreaux, la tache pâle d'un visage, dans le sombre... "S'il vous plaît, m'sieu, faites-moi sortir! Je r'commencerai plus... S'il vous plaît, m'sieu..." Une litanie lancée en rafales vers cette fenêtre de la chambre d'où Pelot regardait l'été s'approcher... En rentrant, il a commencé d'écrire "Pauvres zhéros". A la hache.

Les auteurs:

Pierre Pelot est né en 1945 dans les Vosges, où il réside toujours aujourd'hui. Extrêmement prolifique, il compte à son actif près de 200 titres sous différents pseudonymes et tous les genres littéraires confondus (western, historique, SF, romans noirs...). Le style de Pelot se reconnaît à ses personnages éloignés des surhommes et à une fin tragique. Certaines de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma, comme "L'Eté en pente douce" en 1987...

Baru, né en 1947, débute en 1982 dans "Pilote" et publie, deux ans après, "Quéquettes Blues", qui lui vaut l'Alfred 85 du meilleur premier album à Angoulême et le révèle au grand public. En 1985 et 1987 paraissent, chez Futuropolis, "La Communion du mino" et Vive la classe". Il réalise ensuite "Cours camarade" pour L'Echos des Savanes", puis "Le Chemin de l'Amérique" (Alph'art du meilleur album 91 à Angoulême), coécrit avec Jean-Marc Thévenet. C'est en 1995 qu'il publie "L'Autoroute du soleil", d'abord au Japon chez Kodansha, puis chez Casterman, qui remporte lui aussi l'Alph'art du meilleur album en 1996...

La critique Nelfesque: Attention BD glauque qui sent le gras, la bêtise crasse, la France profonde, la misère sociale. Tout ce que certains petits patelins français peuvent avoir de déconnecté du monde, le sang, l'inceste, la maltraitance, l'alcoolisme et la violence verbale en plus. On est bien loin ici des "Plus beaux villages de France", pittoresques et bucoliques. Quand on referme "Pauvres zhéros", un sentiment de malaise persiste et le titre de ce recueil prend tout son sens.

Les personnages sont crasseux. La mère est une vieille alcoolique qui déteste son fils adulte autant que son mari décédé, le fils est un fainéant roublard qui ne paye jamais ce qu'il doit, son ami est un cul-terreux obèse à qui il manque une case. A côté d'eux, un ancien de l'orphelinat, aigri, en veut énormément à l'institution toujours active, la principale de l'orphelinat est une vieille fille sèche et dure... Et au milieu vivent des enfants. L'un d'eux se perd en sortie et la battue qui est mise en place pour le retrouver révèle de nombreux secrets.

La fin est tragique à tout point de vue, l'ambiance est poisseuse tout du long et nul espoir n'est permis. "Pauvres zhéros" est une lecture que je conseille mais uniquement aux lecteurs avertis.

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