poilusL'histoire:

Le long des chemins du front, on trouvait souvent une ligne à perte de vue de croix de bois, faites à la va-vite, et posées au-dessus des cadavres de soldats allemands et/ou français. Soldats inconnus, jeunes soldats...

La critique de Mr K:

Ce livre est un monument: paru en 1919, fruit de l'expérience personnelle de son auteur sur le front (il s'engagera alors qu'il a été réformé), il a obtenu le prix Femina après avoir été pressenti pour le Goncourt. 90 ans après sa parution, il n'a pas pris une ride et reste un des meilleur témoignage de ce que fut la Grande Guerre et son cortège d'atrocités.

On se retrouve plongé au sein d'une compagnie de poilus français. On suit leurs déboires et leurs victoires sur le front mais surtout, le lecteur se retrouve dans leur quotidien de soldats de l'époque. Malgré la mort qui rôde aux alentours attendant ses prochaines victimes, on peut observer ses hommes aux espoirs divers et aux activités finalement banales en dehors du combat. La préparation de la tambouille, le jeu, la toilette, l'hébergement chez des fermiers voisins des tranchées, les moqueries et le soutien apporté... Parfois truculent, souvent marquant et émouvant devant la fatalité de certaines scènes.

J'y ai aussi vu un plaidoyer contre l'absurdité de certaines décisions de l'Etat Major avec notamment le chapitre Le mont Calvaire où nos héros doivent tenir une position coûte que coûte avec le bruit lancinant de la pioche allemande creusant un tunnel sous leurs pieds afin d'installer une mine. Sautera? Sautera pas? Ils s'en sortent de justesse et c'est leur relève qui y passera. Des morts inutiles qui s'égrainent ainsi de suite le long du roman à cause de décisions ubuesques au nom de la sacro-sainte raison d'État. C'est parfois blème que je refermai cet ouvrage. Élément omniprésent dans la vie des poilus, le vin et l'ivresse qu'il y a derrière. Ce vin que les gradés distribuent à tour de bras afin de maintenir le moral des troupes, leur obéissance et leur fidélité. Beaucoup deviendront alcooliques... Et puis, il y a la violence extrême d'un assaut de tranchée à tranchée: le bruit, la fureur, le choc des balles, la disparition des 3/4 d'une escouade cisaillée par une mitrailleuse ennemie en un quart d'heure... et des croix de bois qui ne cessent d'être élevées...

Un grand livre sur une guerre que le temps efface malheureusement de la conscience et de la mémoire collective. Pourtant, un grand travail de mémoire est réalisé par les équipes de l'ONAC (Organisation Nationale des Anciens Combattants) depuis maintenant de nombreuses années au sein des départements (Big up to Slay!). Il faut amener nos jeunes à Verdun dont le paysage a gardé les traces des affrontements, il faut qu'ils lisent et écoutent des témoignages enregistrés. La guerre est toujours la pire des solutions et cet opus en est la parfaite illustration. Difficile de s'en remettre cependant devant tant de bêtise humaine étalée...