mercredi 13 janvier 2010

"Le jeu de l'ange" Carlos Ruiz Zafon

zafon_jeu_de_langeL'histoire:

Dans la turbulente Barcelone des années 20, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et d mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus.

Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

Pour reprendre sa liberté et sauver la femme qu'il aime, David puise ses forces dans la Barcelone envoûtante du Cimetière des livres oubliés, où se côtoient des êtres abandonnés de l'humanité mais aussi des personnages attachants, uniques, puissants ...

La critique de Mr K:

Quel livre! Un vrai petit bijou quitte à me répéter (mes deux dernières lectures étaient déjà pas mal!). Lu en deux jours, je n'ai pu en détacher les yeux tant j'ai été littéralement absorbé par l'histoire et l'écriture d'un auteur que je ne connaissais pas du tout. Je remercie encore mes parents pour ce cadeau de Noël qui flirte avec le fantastique, le romantisme et l'Histoire.

Raconté à la première personne, cet opus nous narre l'histoire de David depuis son enfance difficile jusqu'à une rencontre fatidique qui va sceller son destin. S'ensuit une course poursuite contre le temps, lutte impossible qui se termine au dernier chapitre par un retournement de situation tout bonnement bluffant de tristesse et d'espoir. C'est une histoire d'amour avant tout: l'amour d'un homme pour une femme, d'un homme pour les livres, d'un homme pour une "femme-livre"? L'auteur au gré son écriture sans faille, imagée à souhait et poétique (plus quelques touches d'humour) nous manipule pour mieux nous surprendre dans une atmosphère sombre (Barcelone et ses quartiers chauds, l'époque de la dictature militaire de Miguel Primo de Rivera, Cristina et ses deux facettes) mais néanmoins parfois solaire (Isabella personnage d'une pureté à faire pleurer, le vieux libraire Semperé). De chapitre en chapitre, le lecteur est donc malmené pour son plus grand plaisir.

Les personnages sont légion et ciselés d'une main d'orfèvre. Figures tragiques (le héros, Cristina, Pedro), solaires (Isabella, Semperé) mais aussi enigmatiques (l'éditeur); tous sont d'un réalisme poussé à son paroxysme et donne du crédit à cette histoire de malédiction qui n'est pas sans rappeler le film de Polanski (La 9ème porte). Les lieux ne sont pas en reste: c'est Barcelone qui prend vie devant nos yeux et la maison que le héros acquiert est lugubre et mystérieuse à souhait sans pour autant tomber dans le pathos lourdaud habituel au genre. Au fur et mesure du déroulement, une angoisse étreint le coeur du pauvre lecteur qui se sent s'enfoncer en compagnie du héros, sans pouvoir lui venir en aide et inquiet de son devenir.

Je suis sorti de cette lecture bouche bée et complètement abasourdi par tant de talent et dire que ce n'est que son deuxième ouvrage... J'ai déjà mis Nelfe sur la brêche pour qu'elle passe me prendre "L'ombre du vent" dans la librairie la plus proche. Quant au "Jeu de l'ange" c'est du bonheur de lecteur sur 540 pages, du plaisir, du tragique, du rire parfois. À lire!