darlingL'histoire:

Elle voulait qu'on l'appelle "Darling".
Elle y tenait!
Pour oublier les coups reçus depuis son enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent. Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les "Darling" du monde.
Elle a rencontré Jean Teulé.
Il l'a écouté et lui a écrit ce roman.
Un livre unique.

La critique de Mr K:

Sous les conseils avisés de mon géniteur, je me suis mis à la lecture de Jean Teulé. Il m'a prété celui-ci ainsi que Je, François Villon dont la chronique d'Ys m'avait interpelé (mon father me l'a prêté aussi et je le chroniquerai d'ici quelques semaines quand je me serai remis de celui-ci). Ma mère, m'avait prévenu: "C'est un bouquin affreux.". Je confirme! Affreux mais en même temps génial au point de vue qualité littéraire.

On suit les pérégrinations d'une fille de paysans (Catherine alias Darling) qui pour le coup accumule les tares, les ennuis et les conneries. C'est une véritable plongée dans la bêtise humaine, pour preuve le comportement à son égard de ses parents. Injures, coups, humiliations... rien ne lui est épargné! Le pire, c'est que par moment on se dit qu'elle va s'en sortir mais c'est pour mieux se vautrer ensuite. Ainsi, une fois "sortie" du cocon familial, elle se retrouve entre les griffes d'un homme qu'elle croit aimer mais qui se révèle vite comme un fainéant de première doublé d'un alcoolique patenté, infidèle, violent et cruel. Atroce, je vous dis!!! Des passages sont particulièrement éprouvants comme une dispute avec ses parents et un viol collectif. Perso, j'ai trouvé cela bien plus dérangeant qu'un Baise moi de Despentes.

Malgré ce côté repoussant, c'est un grand livre. Teulé a pris le parti pris d'un dialogue fictif entre le romancier et l'héroïne dont il doit raconter l'histoire. Il adopte un point de vue distancié, empathique. Cela rajoute énormément au malaise quasi constant que le lecteur peut éprouver. On a parfois l'impression qu'une épée de Damoclès est suspendue au dessus de Catherine, un Fatum qui ne lui laisse aucune chance. L'écriture est splendide: directe voir crue (Antechrist de Von Trier version littéraire) mais néanmoins poétique et imagée par moment. Les symboles sont légions et soulignent à merveille les contradictions de l'héroïne. Un grand livre sur les désillusions d'une vie, sur la cruauté mais à ne pas mettre entre toutes les mains!